Vous avez dit : Facebook ? La génération Y à la recherche de son modèle économique
Les jeunes de la génération « Y » se plaisent à vivre en tribu. En tribu numérique notamment, par le biais de l'échange 24 heures sur 24 avec des réseaux d'amis sur les sujets les plus graves ou les plus anodins. Rien à voir avec la messagerie électronique « bi-latérale », simple transposition du courrier papier d'autrefois. L'introduction cafouilleuse du titre Facebook à la Bourse montre qu'il reste à ajuster le modèle économique des réseaux sociaux. Mais la normalisation du marché s'opère beaucoup plus vite qu'au temps de la première bulle internet.

De nombreux lecteurs de cet article ne possèdent sans doute pas de compte sur Facebook. En revanche, personne n’aura échappé à l’entrée en bourse fracassante de son titre il y a quelques semaines. Présentée à un cours mal calculé, l’action a raté son entrée, sous les feux d’une médiatisation plus tonitruante que jamais.

Chacun est en droit de se demander : à quoi peut bien servir un réseau social ? Pourquoi un tel engouement pour Facebook ? Est-ce un effet de mode ? Y a-t-il un avenir pour ce type d’acteur des réseaux sociaux ?

D’un point de vue purement économique, c’est loin d’être une évidence. Le titre Facebook a été proposé à 38 dollars, propulsant la capitalisation boursière de la société à plus de 100 milliards de dollars, soit un peu plus de 25 fois son chiffre d’affaires sur les 12 derniers mois ! Tout le monde se remémore la tristement célèbre bulle internet des années 2000, qui avait généré tant de confusion et de déroute dans les marchés financiers de la planète entière. Les marchés auraient-ils retenu la leçon ?

Mais que penser des fondamentaux de ce type d’entreprise ? Tout d’abord, plusieurs constats : l’avènement d’internet a massivement dématérialisé nos vecteurs de communication épistolaires. Le courrier, utilisé pour l’interaction entre deux personnes, est devenu « mèl » en se dématérialisant, tandis que le tabloïd, utilisé pour la communication de « un vers plusieurs », est devenu « blog ». Ces deux nouveaux médias portés par internet ne faisant que se substituer à leurs aînés, sans vraiment les enrichir ; en apportant toutefois une notion de gratuité qui n’existait pas auparavant. Conséquence de cette gratuité : le « spam » qui sclérose totalement les boîtes aux lettres électroniques, en générant un volume d’échange toujours plus important, ainsi qu’une dilution de la pertinence de l’information reçue dans un embrouillamini inexploitable.

Ces nouveaux médias de la toile étaient devenus indispensables, mais ils étaient voués à une mort certaine due à une prolifération quasi cancérigène. Il y a quelque temps encore, de très sérieux ingénieurs en informatique recherchaient des solutions pour sauver ces nouveaux médias pleins d’avenir.

C’était peine perdue ! N’oublions jamais que ce n’est pas la fonction qui prime mais l’usage. Demain, il y a fort à parier que le volume de courriels échangés égalera le nombre de lettres physiques encore adressées par la poste. En effet, la génération Y n’a pas « accroché » au concept du « mèl ». Ce qui pouvait passer pour une évolution majeure aux yeux de la génération précédente a été totalement ringardisé par les adolescents et ne leur sert quasiment qu’à interagir avec leurs parents.

Qu’apporte le réseau social que ni le blog, ni le courriel ne sauraient offrir ?

On l’a dit, « mèls » et blogs correspondent à des fonctions existantes qui ont été portées sur internet. Ces fonctions répondent à des usages qui ne sont plus ceux d’aujourd’hui. La notion dominante dans le monde actuel est la tribu ou la vie en bande. Internet permet de dématérialiser cette notion également. La génération Y consomme de l’interaction. Elle a besoin d’échanger en permanence. Chaque « ado » veut dire à sa tribu à tout instant ce qu’il fait, il souhaite recueillir l’avis de ses proches sur toutes les actions de sa vie courante : choisir un vêtement, partager sa musique, dire où il se trouve, montrer ce qu’il voit, jouer à un jeu seul dans son coin mais à plusieurs, etc. Facebook – et Twitter, son cousin simplifié pour mobile – ont rendu possible cette proximité.

Mais attention, le concept n’est pas né dans le cerveau génial d’un seul homme. Mark Zuckerberg n’est pas Steve Jobs. Facebook est né de l’idée d’élire la plus belle fille de Harvard en portant sur internet l’annuaire de la prestigieuse université. L’idée a immédiatement fait mouche, mais elle est née sans réel modèle économique. C’est l’usage qui l’a façonné, en presque dix ans d’existence, au gré des évolutions du réseau social. Mais son chiffre d’affaires reste bien faible au regard du trafic généré au quotidien. La raison à cela est que son modèle économique n’est toujours pas trouvé ! Facebook se cherche et apprend en marchant.

C’est peut-être ce que le marché a tenté de montrer en l’accueillant de manière plus que réservée à l’occasion de sa cotation à la bourse de New York…

Pour autant, son existence ne sera pas remise en cause de sitôt, car Facebook en particulier et les réseaux sociaux en général répondent à un réel besoin générationnel. En revanche, le plus populaire des réseaux sociaux devra probablement mûrir encore pour devenir un acteur solide de notre économie numérique mondiale et pouvoir se mesurer à ses grands frères déjà présents. Son entrée dans la cour des grands, aussi douloureuse fût-elle, lui permettra peut-être de gagner ses lettres de noblesse