Pendant la crise, la bureaucratie prospère
En utilisant l'exemple des codes administratifs, Armand Braun dénonce le phénomène de la bureaucratique en France, en soulignant son impact négatif sur l'économie et son expansion malgré les promesses de réformes.

Crise ou pas crise, rien n'empêchera la prochaine édition 2012 des Codes administratifs publiés par Dalloz de comporter un peu plus de pages que l'édition 2011. Laquelle était elle-même plus chargée que l'édition 2010... En dépit des multiples promesses de réformes et des engagements électoraux, la bureaucratie conserve tout son pouvoir de nuisance dans l'économie française. Et elle n'épargne pas certaines grandes entreprises du secteur privé ou semi-public.

Alors que de tous côtés nous sommes à la recherche des moyens de nous réinventer pour surmonter la crise, serait-il envisageable de creuser le thème de la bureaucratie ?

Le poids de la bureaucratie, son arrogance et ses surcoûts sont aussi actuels qu’historiques en France. La promesse d’alléger toutes ces pesanteurs revient de façon récurrente dans tous les programmes électoraux des politiques et les intentions des dirigeants d’entreprises. Pourtant, mue par une sorte de dynamique propre, la bureaucratie continue de s’épanouir. Ses serviteurs plaident son utilité, mais se réservent d’en apprécier seuls les effets. Elle a pris le contrôle de l’informatisation, qui devait la combattre. Elle sait récupérer le politiquement correct de chaque époque (en ce moment, c’est la régulation). Elle éprouve vis-à-vis de la crise l’impavidité des vieilles troupes qui « en ont vu d’autres ». Les comités Théodule destinés à contrôler son expansion ont pour principale utilité d’inspirer les chansonniers. Elle taille sa route à la manière de la fatalité dans la tragédie grecque antique.

Il y aurait peut-être quelque chose à faire en s’y prenant autrement. Faisons un test là où le mal est le plus enraciné : les univers publics.

Chaque année, paraissent de nombreux Codes administratifs (près d’une cinquantaine aux seules éditions Dalloz). C’est heureux : les Codes témoignent du fait que nous vivons dans une société de droit. Mais chaque édition est plus lourde que la précédente…

Il y aura vraiment quelque chose de changé le jour où les Codes s’allégeront de tout ce qu’ils comportent de procédures surannées et de concepts caducs, où tous ceux qui élaborent lois, règlements et autres procédures auront autant et plus le souci d’en enlever que d’en remettre !

Rêvons par ailleurs que les grands acteurs du secteur privé, qui clament leur souci d’agilité, décident eux aussi de soulever le couvercle des boîtes noires administratives. On pense à l’assurance, à la banque, à bien d’autres secteurs. Et il est étonnant de voir à quel point des entreprises récentes, technologiquement très avancées (accès internet, téléphonie sans fil, etc.) se bureaucratisent très vite, rejoignant les douteuses performances des anciennes.

Il y aura vraiment quelque chose de changé le jour où, dans le monde des entreprises, la débureaucratisation deviendra autre chose qu’une invocation pieuse !

Peut-être, à partir de là, commencerons-nous enfin à devenir sérieux.