Les Maths et le Crépuscule des Lumières : Et Maintenant Que Peut-il se Passer ?
Claude Riveline qualifie la crise actuelle de 'crépuscule des Lumières', et met en question les valeurs traditionnelles de la raison, des sciences et des mathématiques. Il analyse les défis posés par la montée des mouvements sociaux, la réussite des pays émergents et l'échec des modèles économiques traditionnels.

On ne peut pas complètement écarter l'hypothèse d'une grande catastrophe car l'enchaînement d'une crise financière, d'une crise économique et d'une crise sociale a conduit dans le passé à de tels malheurs, dont le triomphe du nazisme en Allemagne est un exemple. Il vaut mieux y penser pour s'en protéger.

Mais plus certainement, je vois à la crise actuelle des conséquences qui ne sont pas toutes mauvaises, et que j'engloberai sous l'étiquette de crépuscule des Lumières. Les Lumières sont une religion qui est apparue au XVIIIe siècle, et qui place au-dessus de toutes les valeurs la raison, les sciences et leur langue sainte, la mathématique, dont les prêtres sont des hommes blancs occidentaux qui ont la générosité de penser que tous ceux qui ne leur ressemblent pas encore leur ressembleront un jour, et qui pensent aussi que les questions économiques comptent plus que toutes les autres.

Chacun des termes de cette énumération est mis à mal par les événements actuels et, à condition de ne pas jeter tous les bébés avec l'eau du bain, on peut espérer trouver des principes plus adaptés aux réalités de l'époque. La toute récente promotion des Noirs et des femmes aux USA, la réussite des Jeux olympiques de Pékin, la déroute des maths financières, tout cela va dans le même sens.

PS : je ne suis guère en mesure d'être plus précis sur le traitement de la crise, sinon pour recommander de réfléchir avec sérieux, sans entraves mais avec discipline. L'Ecole de Paris du management, à cet égard, me paraît une institution d'une miraculeuse pertinence dans la présente conjoncture.