Les Défis du Vivant : Concilier Science, Conscience, Droit et Économie
La quatrième réunion PRESAJE, marquant la fin de la première année d'activité de l'Institut, a abordé le thème crucial du vivant. Ce thème, qui représente un défi majeur, touche l'ensemble de l'humanité dans sa dimension universelle et individuelle.

La quatrième réunion PRESAJE, marquant la fin de la première année d'activité de l'Institut, a abordé le thème crucial du vivant. Ce thème, qui représente un défi majeur, touche l'ensemble de l'humanité dans sa dimension universelle et individuelle. Voici le compte rendu de la réunion.

Charles AUFFRAY

Charles AUFFRAY a évoqué les conséquences de la révolution qui anime la biologie : science descriptive, elle est devenue en quelques années une science de l'information mettant en oeuvre des outils informatiques complexes et les outils du génie génétique permettant des interventions sur le vivant, qui laissent entrevoir de nouvelles perspectives dans des domaines tels que les OGM, les nouvelles thérapeutiques ou encore de nouveaux médicaments pour des maladies courantes ou rares.

A moyen et long terme, et sur un plan pratique, ces transformations conduisent à s'interroger sur l'éthique du partage du savoir permettant une relation harmonieuse entre recherche et industrie, une éthique de la responsabilité permettant de rendre accessibles le plus vite possible à ceux qui en ont besoin les résultats de la recherche et, enfin, une éthique de la discussion permettant de rendre intelligibles aux membres de la communauté les sciences du vivant afin d'éclairer l'ensemble des citoyens sur les choix opérés.

Jorge GUERRA GONZALEZ

Grâce à son expérience pluri-culturelle, Jorge GUERRA GONZALES resitue, par une approche transversale, des concepts essentiels appréhendés par la biologie. Cet examen critique des notions fondamentales de la science met en lumière la relativité des concepts selon des critères temporels et géographiques.

  1. La biologie décrit la vie, le vivant comme réalités perceptibles. Elle n'offre pourtant pas une définition globale universelle. A travers la démarche scientifique, c'est l'homme qui crée des catégories et un contenu, non la nature.

  2. La catégorisation opérée par la biologie peut toutefois déterminer l'essence des choses. Mais il ne semble pas possible de déterminer une hiérarchie éthique, ni de dériver un devoir être d'un être.

  3. Les notions telles que la morale ou l'éthique varient selon l'histoire et les coutumes des groupes sociaux. Cette variabilité se retrouve dans la constante incohérence des normes juridiques entre les différents pays. La question se pose de savoir si l'économie agit sur la représentation de ces valeurs de manière à transformer le système auquel elles appartiennent et les comportements humains.

Guillaume JÉGOU

Reprenant les exemples, développés par F. FUKUYAMA dans son dernier ouvrage, de l'impact sur la société de nouveaux médicaments, Guillaume JÉGOU nous rappelle que ces médicaments ont, comme d'autres avant eux, apporté des réponses à des pathologies et que leur emploi s'inscrit dans un cadre clinique strictement encadré. Cette analyse soulève le problème de la mise sur le marché de nouvelles molécules.

A son tour, la pharmacogénomique ouvre de nouvelles perspectives dans le profilage des patients, permettant de déterminer le traitement le mieux adapté au regard du bagage enzymatique de chaque personne. Cette révolution directement liée aux progrès de la génomique peut également transformer les rapports sociaux sous la forme d'une classification génétique des être vivants. Il y aurait là un véritable danger à l'égard duquel la loi doit nous prémunir.

Ainsi, la régulation des activités de santé garantissant la sécurité sanitaire et l'équilibre comptable du système constitue de plus en plus une contrainte exorbitante pour les industriels et affecte la recherche et l'accès aux soins. Pour autant, ces considérations ne devraient pas affecter notre démarche visant à préserver et à renforcer l'humanité de notre société.

Thomas CASSUTO

Apartir d'exemples concrets et d'actualité, Thomas CASSUTO illustre l'étendue de la problématique pour le droit d'apporter des réponses aux défis liés au vivant. Quatre axes de réflexion ont été abordés : la maîtrise du savoir comme fondement idéologique de nos sociétés, les définitions de la vie par la biologie permettant une rationalisation des domaines du vivant, l'exploitation des innovations scientifiques sous le double contrôle des moyens et de leurs finalités et la définition du cadre juridique organisant ces activités dans un champ concurrentiel.

Dans un environnement juridique national et international, dont les architectures et les articulations apparaissent de plus en plus complexes, le droit saura-t-il s'adapter à des demandes divergentes ? La préservation de la cohérence du droit et celle de notre société est-elle possible ? Comment assurer notre capacité à développer et à maîtriser techniquement et éthiquement le potentiel technologique et nos choix collectifs ?