Les Comptes de la Cour
La Cour des comptes, connue pour son indépendance, dresse un portrait sans concession des inefficacités du système hospitalier français. Albert Merlin utilise un rapport récent pour appeler à une réflexion approfondie sur la gestion des entreprises et des services publics, sans tabou sur les coûts et la nécessité de rendre des comptes.

En France, il y a beaucoup de questions taboues, surtout lorsqu'on touche au « social ». Heureusement, il y a une institution anti-tabou : la Cour des comptes.

Elle n'intervient que tardivement, et pas assez souvent. Mais elle fait quelquefois des découvertes qui laissent perplexe. Ainsi de son dernier rapport sur les coûts des services hospitaliers : l'opinion a naturellement du mal à comprendre comment l'effectif du personnel médical par lit de spécialité, dans des services par ailleurs comparables, peut varier de 1 à 5 en maternité, de 1 à 8 en chirurgie orthopédique, de 1 à 10 en pneumologie. Les écarts ne sont pas moindres lorsqu'on effectue des comparaisons de ville à ville. Et alors ?... Alors, une fois l'étonnement passé, l'opinion va s'intéresser à tout autre chose : au prix du beurre ou au dernier roman de tel homme politique s'affichant comme romancier.

Et si l'on en profitait, au-delà de l'évènement, pour réfléchir calmement à la mission et à la gestion des entreprises et des services publics ? Sachant qu'il n'y a pas que les hôpitaux qui posent problème : les chemins de fer, la Poste, l'Education Nationale et nombre de services publics ne sont pas, que l'on sache, des modèles de gestion. Et il n'y a pas que les comptes qui importent : la qualité du service, la capacité d'innovation, le choix des investissements sont tout autant décisifs. Il faut beaucoup de talent pour marier quantitatif et qualitatif : mais c'est la règle du jeu !

Que le social au sens large, tout comme le culturel, ne relèvent pas d'une pure logique d'entreprise, tout le monde en sera d'accord. Mais peut-on les dispenser de compter ? C'est le contraire qui est vrai ! Dans l'entreprise privée, les ajustements se font quotidiennement en fonction des réactions du marché ; dans le secteur public, où il n'y a pas ce constant rappel à l'ordre, il faut (il faudrait) faire des calculs internes pour tenter d'approcher de l'optimum. Si le mot « argent » suscite la gêne, il n'en manque pas d'autres : efficacité, rationalisation, optimisation ... et nécessité de rendre compte.

Seul ennui : quiconque plaide pour ce recours à la rationalité se voit accusé de comportement anti-social. Pourtant, tout le monde peut comprendre qu'une société humaniste ne peut résulter que d'une juste répartition des responsabilités. Sans tabou !