Paris aujourd'hui, c’est une ville de deux millions d’habitants enserrée dans une vaste banlieue quatre fois plus peuplée, dix fois plus étendue. C’est l’équivalent de Manhattan pour New York, d’une demi-douzaine de quartiers centraux à Londres. Tout cela à cause d’Etienne Marcel, qui prétendait imposer au roi les vues des corporations. Et, quelques siècles plus tard, parce qu’on pensait que les risques politiques et sociaux dûs au peuplement ouvrier des grandes villes seraient réduits par la fragmentation du territoire.
Mais nous sommes sur une planète devenue différente. La comparaison avec les autres grandes capitales révèle que, dans le « village global », Paris est en train de perdre son rôle mondial pour devenir une métropole régionale. Trop de sources du pouvoir parisien s’en sont déjà allées, qu’il s’agisse de sièges sociaux, de bureaux créatifs, de centres de recherche… Pourquoi ? Parce que cette fragmentation impose à Paris trois contraintes incompatibles : une ville centre trop petite, un cadre administratif d’ensemble - la Région d’Ile-de-France - trop vaste, une poussière de communes périphériques.
Alors que nous nous interrogeons sur le monde que nous laisserons à nos enfants, n’est-il pas urgent de nous demander si nous allons maintenir longtemps encore un statu quo caduc ? L’alternative, celle qui permettrait à Paris d’affirmer son rang dans la compétition mondiale, consisterait à mettre en place le cadre géographique et institutionnel qui rendrait possible le déploiement de la société de la connaissance.
Ce qui imposerait, d’un côté, de mobiliser de manière volontariste les appareils d’éducation, de recherche, de développement pour nous assurer de figurer demain parmi les leaders, de l’autre, d’accorder le droit avec les faits et les besoins en entérinant la réalité territoriale : Paris s’étend du nord au sud de l’aéroport Charles-de-Gaulle à Evry, de l’est à l’ouest de Marne-la-Vallée à Poissy. Il faut ce cadre élargi et décloisonné – le seul pertinent, même s’il semblerait plus facile de simplement réunir Paris et sa première couronne – afin de mettre en œuvre, dans la diversité, les accompagnements indispensables pour l’environnement, les transports, le logement, les équipements, sans oublier les initiatives, elles aussi volontaristes et depuis si longtemps attendues, qui permettraient de marquer de vrais progrès en termes de cohésion sociale.
Il reste cinq mois avant les municipales. C’est court. Mais c’est suffisant pour que s’organise, enfin, un vrai débat.