Introduction : Après la crise, du discrédit au crédit
Introduction : Après la crise, du discrédit au crédit
Introduction du colloque PRESAJE/FIDES du 14 octobre 2009 sur le thème "Après la crise : du discrédit au crédit ?".
  • M. Pierre ROUILLARD

Vice président de cette université, je suis chargé de vous présenter les excuses de Mme MADEUF, présidente de l’université, qui a elle-même une journée extrêmement lourde dans le département des Hauts-de-Seine aujourd’hui.

Je vous présente ses excuses, elle ne pourra être parmi vous, mais elle m’a demandé d’ouvrir cette séance, ce que je fais volontiers, à la demande de mes collègues économistes et juristes et je le fais d’autant plus volontiers que les sujets des tables rondes de ce jour sont des sujets du moment. Il est, je crois, toujours important que l’université soit présente – et je sais qu’elle l’est avec vous – dans les débats du jour.

Avant de laisser la parole à Eric BROUSSEAU, je voudrais souligner deux aspects. Les équipes que vous constituez sont à l'intersection de deux grands domaines : le droit et l’économie. C’est une chose que vous vivez, mais cette interconnexion entre deux disciplines, entre plusieurs disciplines est probablement le trait majeur de l’université de Nanterre Paris Ouest Nanterre la Défense.

Les écoles doctorales, les unités de recherche sont pour la plupart des unités interdisciplinaires. Cet aspect est une des marques qui caractérise notre université. Avec les équipes ici présentes, vous en avez une expression supplémentaire.

Dans le même temps – même si je suis archéologue, je suis de très près l'actualité –, votre débat se situe quelques jours ou deux jours après l'attribution de deux prix Nobel qui, pour la plupart, vous sont familiers puisque vous les avez reçus ici. Il est intéressant de relever que les prix Nobel qui ont été choisis par le comité suédois travaillent eux aussi aux confluences de plusieurs disciplines : les sciences politiques, le droit, la gestion. Ce n’est pas à moi de présenter les travaux de vos deux collègues, mais il y a une symbiose, une adéquation entre votre entreprise et l’entreprise saluée par le Comité Nobel.

Sur ces mots, je vous salue. Je serai très incorrect parce que je ne pourrai pas rester jusqu’au bout, car je dois préparer mes cours de demain ; c’est d’une vulgarité confondante. J’assisterai à la première table ronde. Je sais que le débat se terminera fort bien et de manière sympathique.

Bon courage et succès !

  • M. Eric BROUSSEAU

Merci beaucoup, Pierre. Au nom de FIDES, une des deux organisations coorganisatrices de cette manifestation, je tiens d’abord à accueillir et à saluer les acteurs de la vie économique et sociale qui sont présents aujourd’hui à la fois dans l’assemblée et à travers l’association PRESAJE.

Quelques mots de FIDES, puisque ce colloque est en quelque sorte un colloque de lancement de cette initiative de l’université de Nanterre, où une coopération entre juristes et économistes s’est établie maintenant de longue date, elle est plus particulièrement active depuis quatre ans, où des initiatives importantes en matière d’enseignement, un master de droit et d’économie unique en France est ici.

Il y a des séminaires et des travaux conjoints de recherche, avec notamment l’initiative Attractivité économique du droit qui s’est installée à Nanterre il y a quatre ans, mais aussi des séminaires organisés par les deux écoles doctorales.

Nanterre se caractérise aussi par une expertise importante qui se traduit par les interventions dans la vie des affaires et dans le débat public.

Il y a de nombreux acquis à Nanterre en matière de coopération entre juristes et économistes et de réflexion entre droit et économie, avec des points marquants, par exemple en droit et en économie du travail ou en économie et réglementation de la concurrence, en réglementation des marchés financiers… Je ne vais pas faire la longue liste des compétences de Nanterre en la matière.

Des réseaux internationaux ont aussi été développés de longue date. Pierre ROUILLARD a mentionné avec raison que les deux derniers prix Nobel d’économie attribués il y a quelques jours sont d’une certaine manière une reconnaissance, non pas de ce qui se fait à Nanterre mais de ce qui a été fait par les deux lauréats du prix Nobel, mais il y a depuis longtemps à Nanterre des travaux sur les questions de gouvernance. Les collègues qui ont été salués par le jury Nobel avaient été reçus dans différentes séances de travail à Nanterre.

Nous sommes particulièrement heureux que ces collègues, qui représentent un travail aux confluents du droit, de l'économie, des sciences politiques, ce qui est tout à fait derrière le projet FIDES, soient salués par le jury Nobel.

On a aussi, effectivement, énormément d'expertises académiques, professionnelles, politiques au sein de cette université.

Derrière cette initiative de FIDES, c'est essayer de dépasser ces initiatives qui sont pour l’instant et pendant très longtemps restées dispersées pour les renforcer et mieux les structurer à travers la constitution de ce forum, qui se veut un lieu de rencontre comme son nom l’indique, un lieu où différentes disciplines, mais aussi différents milieux, des académiques divers et variés, mais les milieux professionnels, les milieux politiques, d'une manière plus générale les forces vives de la société puissent se rencontrer pour réfléchir au cadre régulatoire de nos économies, de nos sociétés.

C'est un projet en construction, d’où ce qu’est FIDES aujourd'hui, c’est-à-dire une association de préfiguration qui a vocation à accueillir des membres, soit des individus, soit des organisations, de manière à structurer une fondation qui prendra rapidement forme sous l'impulsion de la présidence de l'université, mais aussi du CNRS et des pouvoirs publics départementaux et régionaux.

Le colloque a été organisé conjointement par Bruno DEFFAINS, professeur d’économie et membre du comité de pilotage de FIDES et par Xavier LAGARDE qui est le président adjoint, si je puis dire, de FIDES et le secrétaire général de FIDES, et bien sûr par nos collègues de PRESAJE.

Il illustre ce que l'on cherche à faire : une nouvelle étape dans l'évolution de ces coopérations entre juristes et économistes à Nanterre où, précisément, de manière plus affirmée qu'auparavant, les académiques, de manière structurée, s'associent avec des représentants de la vie économique et sociale, de la vie politique pour que les réflexions qui se développent dans le monde académique soient enrichies par l’expérience et que les décideurs aient en retour une connaissance de l'évolution des travaux du monde académique et que l'on aille plus loin grâce à cela.

Ce colloque est une première initiative. Il y en aura bien d'autres. Je laisse tout de suite la parole à Michel ROUGER qui l’introduit.

  • M. Michel ROUGER

Cette introduction est la continuation du propos de M. BROUSSEAU, à savoir que nous souhaitons, par l'intermédiaire de Xavier LAGARDE qui est au conseil de notre association, faire un bout de chemin ensemble avec l'université de Nanterre.

L’objet de PRESAJE (Prospective, Recherche et Etudes Sociétales Appliquées à la Justice et à l'Economie) montre à quel point nous travaillons sur les mêmes sujets et combien et comment il est judicieux que nous nous retrouvions ici ce soir pour une soirée que je vous souhaite la plus intéressante possible, en vous priant a priori d'excuser mon départ après la première table ronde, mais le vice-président Albert MERLIN et la secrétaire générale Marie ROUGER-PERRIER sont là.

J'ai une obligation formelle au tribunal de commerce, dont vous savez que j'ai été le président il y a maintenant quelques années. Xavier, je vous laisse à votre tour faire une autre introduction.

  • M. Xavier LAGARDE

Rassurez-vous, je vais éviter d’ajouter trop d’introduction aux introductions qui ont déjà eu lieu, et de sacrifier le fond à la forme et de multiplier les remerciements.

Vous avez tous reçu un programme. Vous pouvez voir qui intervient dans ce colloque et qui, sans intervenir, a contribué à sa tenue et je suis sûr à sa réussite ; nous le saurons tout à l’heure. Qu’ils soient tous – je le fais collectivement pour que nous gagnions du temps sur la forme – bien vivement remerciés.

On a parlé de FIDES et de PRESAJE. Un mot sur les liens entre les deux et un mot de portée générale.

La période de crise a au moins souligné l'évident besoin de réflexion. On peut penser que le mal français n'est certainement pas dans l’insuffisance de réflexion, mais dans l’insuffisance de lien entre les lieux de réflexion et les lieux d'action et, pour dire les choses simplement, ce soir, entre l’université et l’entreprise. Je pense que ce type de manifestation peut contribuer à créer des liens et en tout cas à renforcer ceux qui existent déjà.

Rapidement, pour introduire le colloque sur le fond, vous connaissez tous la toile de fond de ce colloque : c’est cette crise et, comme l’avaient anticipé les organisateurs du colloque, la sortie possible de crise, même si elle est timide.

Cette sortie de crise n'est d'ailleurs pas nécessairement pour nous forcément une excellente nouvelle dans la mesure où l’on peut imaginer que si les choses vont mieux on ne fera rien pour les changer et qu’au fond cette sortie de crise marquerait le deuil de la réforme et des réformes nécessaires.

Je crois qu’il faut nuancer l’inquiétude. Nous avons il y a quelque temps eu une déclaration des chefs d’Etat du G20 avec un certain nombre de propositions de réformes. Si l’on peut juger ces réformes insuffisantes, il y a là des avancées tout à fait réelles.

La question qui nous a inspirés pour construire ce colloque, le concevoir, est : faisons-nous, sur cette crise, le bon diagnostic et envisageons-nous les bons remèdes ?

Le diagnostic que nous avons fait en concevant le colloque – ce n’est pas un « nous » de majesté, mais le « nous » des organisateurs –, est moins ce que l’on a appelé une exubérance irrationnelle des marchés (nous pensons que les acteurs des marchés financiers sont plutôt assez rationnels), mais c’est plutôt une crise d’hyper rationalité. Au fond, l’acte clé en matière de finance est l’acte d’investissement qui consiste à faire une dépense dans un contrat, une activité, une opération, un objet diraient les juristes, avec l’espoir que cet investissement procure un retour sur investissement et avec évidemment la conscience que cet investissement peut être perdu.

On peut bien évidemment comprendre, lorsque l’on a inventé les produits financiers qui permettaient d’investir peu, voire pas du tout, et que ces mêmes produits financiers permettaient des gains tout à fait considérables tout en se débarrassant des risques, que les acteurs du marché financier se soient précipités sur ces produits.

Nous savons que ceci ne peut fonctionner que s’il y a une inflation des actifs initialement dans lesquels des investissements ont été initialement faits et que cette inflation ne peut évidemment fonctionner que s’il y a une bulle et, comme toutes les bulles, comme celle des enfants, elle finit par éclater.

Il faut évidemment réfléchir à une réforme du système financier et faire en sorte que celui-ci remplisse son office et que l’épargne soit donnée vers les besoins de financement et essentiellement les besoins de financement des entreprises ainsi que ceux des particuliers. C’est très facile à dire. C’est beaucoup plus difficile à faire. C’est la raison de la première table ronde : comment faire pour avoir un système de financement qui remplisse son office ?

Sur les remèdes, je serai très bref, il y a une convergence pour dire qu’il faut plus de régulation. Cette convergence suscite un certain malaise dans la mesure où nous ne manquons pas de régulation. Nous ne cessons de voir les règles s’accumuler les unes sur les autres et nous avons l’impression que la règle est malgré tout toujours derrière le marché et que, dans cette course à une saine gouvernance des marchés financiers, le régulateur fait toujours la course en queue de peloton.

Il faut alors s'interroger sur l’efficacité du régulateur, sur l’efficacité de la régulation. Ce sera essentiellement l'objet de la seconde table ronde. Mais j’ai trop parlé. Je passe sans tarder la parole à Jacques BARRAUX qui introduit la première table ronde.