La France est une nation complexée. Elle a testé cinq Républiques depuis qu'elle a renoncé à la Monarchie. Elle commémore tous les dix ans sa crise nerveuse de Mai 68. Elle installe à l'Elysée des présidents qui lui promettent le changement mais les Français s'empressent aussitôt de les ligoter par de grandioses défilés. Son humeur oscille entre l'arrogance et le désespoir. Tantôt elle fait la leçon, tantôt elle se flagelle. Mais au bout du compte - et c'est bien là l'essentiel - elle avance. Elle avance par saccades, trop vite ou trop lentement ce qui l'épuise inutilement, mais elle tient son rang. Oui elle tient son rang, mais la question est maintenant de savoir si elle va pouvoir le tenir. Car ce qu'elle a du mal à comprendre - elle qui a cru fonder son statut international sur sa résistance au leadership des Etats-Unis - c'est que l'ordre du monde a changé. La France est un maillon de l'Occident. Sa puissance économique, le standard de vie de ses habitants se nourrissent de l'appartenance à la sphère de l'Ouest qui rassemble deux blocs désormais assiégés, l'Amérique du Nord et l'Union européenne. Le basculement démographique, intellectuel, industriel et financier en faveur de l'Asie n'est pas une formule creuse de réunion électorale. C'est une réalité tangible, avérée, qui contraint les élites du pays à réapprendre à voir, à penser et à faire. Période stimulante qui réveille partout des envies de contre-attaque. De Paris à Berlin, de Harvard à Stanford, de Rome à Istanbul, de Bruxelles à Moscou, de jeunes générations d'acteurs économiques se préparent sans états d'âme à tenir le rôle de challengers de l'Orient dominateur. Pour que la France entre pleinement dans la ronde de l'Ouest à reconstruire, il est plus nécessaire que jamais de réveiller le débat des idées. De reprendre un à un les dossiers sensibles qui tournent autour du droit, de l'entreprise, de la science et des missions de l'Etat. La presse, la radio et la télévision ont un champ immense à prospecter. Elles font leur travail mais voici qu'Internet ouvre toutes grandes les fenêtres de la controverse publique. Plus il y aura de forums, plus s'abaisseront les frontières de la pensée. Née sous le signe de la réflexion prospective autour des thèmes de la justice et de l'économie - c'est sa marque de fabrique -, Présaje élargit son dispositif avec cette Lettre Internet PRESAJE.COM qui publie ici sa première édition. Sa ligne éditoriale ? Rassembler dans chacun de ses numéros, de huit à dix textes courts d'auteurs de toutes origines, dotés de la vision qui permet d'attirer l'attention sur les sujets de préoccupation de la société française et l'évolution de notre modèle économique et social. Le ton de chacun des textes pourra varier : recadrage d'un débat public mal engagé, prise de position, analyse objective, information ponctuelle utile pour ouvrir une discussion, solution testée à l'étranger, détection de ces « fameux signaux faibles » annonciateurs de crise ou de changement. Les articles seront signés, la liberté d'expression laissée à chaque auteur s'accompagnant d'une totale transparence sur son origine. Bonne lecture. N'hésitez pas à réagir aux idées qui s'exprimeront dans PRESAJE.COM. Notre lettre ne véhicule pas une doctrine : elle n'a d'autre but que d'ouvrir le débat.
Editorial : Ouvrir les fenêtres
Dans l'éditorial de la lettre de Mai 2008, Jacques Barraux exhorte la France de s'adapter à un monde en mutation, marqué par l'essor de l'Asie et la nécessité de reconstruire l'Occident. Il souligne l'importance du débat d'idées et de la liberté d'expression pour faire face aux défis du XXIe siècle.