Diversité ethnique : un pari réussi pour les entreprises françaises
Les entreprises françaises ont intégré la diversité ethnique dans leurs effectifs et leurs pratiques de gestion des carrières, allant au-delà des quotas et des discours politiques. Bernard Lecherbonnier applaudit l'impact positif de cette inclusion sur la performance des entreprises et appelle à une meilleure formation des jeunes issus de la diversité pour garantir leur accès aux études supérieures.

Il faut rendre cette justice aux entreprises françaises : elles sont désormais en avance en matière de diversité ethnique par rapport aux partis politiques. Non seulement en termes de quotas mais aussi en termes de gestion des carrières. Ce sont elles les vraies gardiennes de la paix civile dans les banlieues.

Plus de 15% des Français relèvent de la diversité ethnique : Africains du Nord et du Sud, Antillais, ressortissants de l'Océan Indien et Asiatiques. Les dernières consultations municipales et régionales se sont soldées par moins de 1% d'élus issus de cette même diversité. En dépit de leurs tonitruantes déclarations, les partis dits de gouvernement trainent encore les pieds pour créer des commissions de la diversité en leur sein. Le parti socialiste ne fait pas mieux que la droite dans le domaine. Reconnaissons au président de la République d'avoir tenu sa parole : seul, pour le moment, il a tenu ses engagements en faisant place aux « minorités visibles » dans son gouvernement.

Les politiques, si peu presses à admettre des représentants de la diversité dans leurs structures et encore moins à leur accorder l'accès aux assemblées, ne se gênent pas pour donner des leçons de civisme aux entreprises. Or, si la paix civile se maintient dans ce pays, si les banlieues ne sont pas - contrairement a que qu'annonce la presse - réduites à l'état de ghetto, c'est bel et bien grâce à l'entreprise, notamment grâce aux grandes sociétés qui ont compris l'enjeu social et économique lie à la diversité.

Au terme d'une année d'étude et de consultation auprès d'une vingtaine de grands groupes, j'ai pu constater que la plupart ont intégré depuis plusieurs années la question de la diversité et en ont signé la charte, qu'ils ont pour la plupart rattache une direction ad hoc à la DRH. Ils ont souvent dépassé de loin le quota démographique de 15% dans leurs effectifs. Ils en sont déjà à l'étape suivante, qui consiste à assurer la promotion des carrières. Un grand distributeur me disait récemment : « Nous aurons réussi lorsque nous aurons rendu fluide le passage des entrepôts aux magasins.»

Dans les groupes axes autour des nouveaux métiers, par exemple la communication, les nouvelles technologies, le problème ne se pose déjà plus en ces termes. L'habileté des personnels issus de la diversité les propulse très rapidement dans l'ensemble des fonctions du « middle management ». Les métiers commerciaux montrent la même tendance.

Les patrons qui ont l'expérience de la diversité sont souvent entres dans le jeu par souci de justice sociale. Ils n'en sont plus là. Le pari a été gagnant. Forte implication des personnels dans la réussite de l'entreprise, grande adaptabilité aux fonctions et a l'innovation, flexibilité et rentabilité. De plus, il s'agit de populations fortement consommatrices qui investissent immédiatement leurs revenus dans le marché.

Le problème majeur est celui de la formation supérieure des jeunes gens issus de la diversité. Peu de parents ont les moyens de payer des études à leurs enfants dans les écoles de commerce, d'ingénieurs, etc. D'où le combat que je mène, en m'appuyant sur des groupes qui ont compris l'enjeu, pour créer des bourses d'études financées par la taxe d'apprentissage. Bourses allouées en fonction des compétences des candidats et non sur la base de la monstrueuse « discrimination positive » qui disqualifie à l'avance les futurs impétrants. Je lance à la rentrée 2008 deux expériences pilotes en ce sens. A la veille de la remise en cause des structures et des fonctionnements de la formation professionnelle par le gouvernement, puisse cet exemple - peut-être parmi d'autres - être pris en compte par les pouvoirs publics !

En tout cas, les politiques, au lieu de multiplier les procès contre les entreprises sous prétexte de discrimination à l'embauche, au lieu de financer des « testings » démagogiques et brouillons, feraient mieux de balayer devant leur porte et de s'inspirer des groupes citoyens. La question n'est pas, pour les entreprises, de faire barrage aux candidats de la diversité mais, au contraire, d'en trouver davantage « prêts à l'emploi » !