Désirs et Peurs Alimentaires au XXIe Siècle
Isabelle Proust nous livre quelques les idées reçues sur la cuisine française, la qualité des produits et les solutions pour lutter contre l'obésité, en soulignant l'importance de l'éducation du goût et de l'information du consommateur.

Entre désir et peur, plaisir et santé, la manière de se nourrir est d'abord le reflet d'une société, de sa culture, de ses valeurs, de ses doutes et de ses craintes.

En croisant les angles d'attaque - social, économique, scientifique et professionnel - l'analyse aboutit à « tordre le cou » à de nombreuses idées reçues.

Première idée reçue : « La cuisine française est en crise »

Non, mais en faisant des émules, elle se fait concurrencer et n'est plus l'unique référence dans le monde. Le débat est fort révélateur des craintes de la société dans son ensemble. Les nouveaux modes de vie, les voyages, les « restaurants » rapides..., tout cela concourt à une forme de désacralisation des lieux et d'éclatement des contraintes traditionnelles.

Deuxième idée reçue : « Les produits n'ont plus le même goût qu'avant »

Les crises sanitaires, la progression inquiétante de l'obésité due à des modes alimentaires déstructurés, entretiennent un rapport de méfiance vis-à-vis des produits industriels, pourtant de plus en plus sûrs mais dont l'image négative déteint sur leur composante la plus valorisante, le goût. Or, les critères de goût étant très différents d'un individu à l'autre, le label devient déterminant dans la perception des « bons produits du terroir ».

Troisième idée reçue : « Pour combattre l'obésité, il faut manger comme avant »

Il est vrai que le mode alimentaire traditionnel limitait les prises alimentaires désordonnées génératrices de déséquilibres nutritionnels. Mais plutôt que vouloir copier un modèle qui n'est plus applicable, il s'agit de repenser notre alimentation. Eduquer le goût et retrouver le plaisir de manger bien : voilà le remède contre l'obésité.

Quatrième idée reçue : « Il n'y a qu'à réglementer la composition des produits industriels »

Vouloir réglementer la composition des produits en matières « nocives » - gras, sels et sucres -, c'est oublier les enjeux économiques et les résistances gustatives des clients. Les impératifs nutritionnels n'ont jamais figuré parmi les objectifs des politiques agricoles ou économiques. La contradiction entre les deux laisse présager de douloureux arbitrages. A moins que les progrès techniques, associés à l'exigence de consommateurs informés et au contrôle public, nous permettent de la résoudre.

Dans une société libre, l'information du consommateur est indispensable. De là à tout réglementer !... Manger n'est-il pas l'un des actes les plus personnels ?