Comment l'analyse macroéconomique aborde-t-elle la crise et l'après-crise ? Edmund Phelps, prix Nobel 2006, a coutume de déplorer qu'avant de prendre position, les économistes éprouvent le besoin de se définir par leur rattachement à une école de pensée, dont il évalue le nombre à sept rien qu'en macroéconomie. Au XIXe siècle, même ceux qui contestaient le modèle libéral dominant n'en contestaient ni la validité ni la pertinence. Ils l'accusaient simplement d'être daté ou de permettre à une classe sociale ou à un pays de profiter de ses vérités pour asseoir leur pouvoir. N'en restait pas moins acceptée l'idée que l'économie est une science et donc qu'elle est porteuse d'une vérité.
Dans les années 30, le choc keynésien a fait voler en éclats cette approche. Il a tendu à faire accroire que l'économie n'était pas une science mais un débat, où tout le monde avait le droit de s'exprimer, si bien qu'en fin de compte, tout le monde pouvait prétendre avoir raison. Sentant le danger couru alors par l'économie, Samuelson a tenté de construire une synthèse.
Foin des « astrologues »
Depuis trente ans et les chocs pétroliers, cette synthèse est confrontée à un bilan ambigu. Après la fin du communisme, le monde a connu la plus forte croissance de son histoire ; mais aujourd'hui, il est plongé dans une crise à répétition que le retour proclamé du keynésianisme est loin d'avoir résolue.
Certains en concluent qu'il faut tourner définitivement la page keynésienne.
Ce flou a ouvert la porte à la multiplication des discours et des intervenants, conduisant à s'interroger sur la notion même d'économiste. Parallèlement au développement de la science économique académique est née une sorte d' « économisme » mondain qui peut être à terme ravageur. Pour Kenneth J. Arrow - prix Nobel 1972 -, l'économie moderne est une astronomie en passe de tomber aux mains d'astrologues... Tout cela est bien beau. Mais qui ne voit combien ce flou déstabilise les décideurs, pourtant avides de conseils opérationnels ? Moins de sophistication académique, un peu plus de pragmatisme, davantage d'économistes qui se révéleraient « aussi utiles que les dentistes » (Keynes dixit) : est-ce trop demander ?