Où en étions-nous ? De méchants pirates, environ dix millions en France, avaient entrepris de détruire la création musicale en s'échangeant des fichiers sur Internet. Le gouvernement avait décidé qu'il fallait que cela cesse et avait demandé aux députés de voter une loi pour envoyer tout ce beau monde, dont leurs fils et neveux, en prison. Le Conseil constitutionnel avait censuré la loi et les pirates avaient continué à sévir.
Alors, comment faire face à cet embrouillamini ? Que faire, sinon créer, une fois de plus, une commission pour régler le problème en deux temps trois mouvements. Cela va faire bientôt dix ans que l'industrie musicale essaye de digérer un cocktail technologique explosif ( Internet + compression des fichiers + peer to peer ) qu'elle a dû ingurgiter de force. La crise est très sérieuse : le marché du disque s'est effondré de 40 % en cinq ans.
L'industrie du film est confrontée au même problème, et les professionnels du livre commencent à s'inquiéter à leur tour. La Commission Olivennes, installée par la ministre de la Culture début septembre, a jusqu'au 31 octobre (2007 !) pour trouver des solutions au problème. Une gageure !
Pendant longtemps, la difficulté tenait au fait que les entreprises des télécoms avaient tout à gagner à ce que des échanges de fichiers se fassent sur les réseaux dont elles contrôlaient l'accès.
Aujourd'hui, le taux d'équipement en Internet haut-débit a beaucoup progressé chez les ménages, et elles accepteront moins difficilement d'envoyer des messages aux internautes qui procèdent à des échanges illégaux. Mais le problème est plus complexe ; la répression, même graduée, ne permettra jamais de récupérer la part de marché perdue.
Depuis plusieurs années, de nouveaux usages dans la consommation de la musique et des produits culturels se sont mis en place, qui intègrent notamment les aspects communautaires (échanges de contenus ou d'informations). Les technologies rendent de plus en plus aisée l'impunité. Dans ces conditions, ni la répression ni l' « éducation » des consommateurs ne peuvent suffire à régler le problème.
C'est tout un système qui doit se recomposer et qui devra compter de nouvelles offres, en phase avec les nouveaux usages, et de nouveaux modèles économiques, en phase avec le développement d'une création variée... Tout l'enjeu est donc de parvenir à une solution « négociée » entre les usages des consommateurs, les règles de droit, les technologies et les intérêts des industriels. Une commission d'une durée de vie de deux mois peut-elle être le lieu pour le faire ?