Travail et société
Dans l'édito de la lettre d'Avril 2006, Michel Rouger appelle à redéfinir la place du travail dans la société actuelle, marquée par l'évolution des rapports coûts/valeurs et l'impact des nouvelles technologies.

Habituelle dans notre Hexagone, l'approche idéologique du travail a conduit à exclure l'approche sociétale, la seule qui permettrait d'échapper à l'actuelle confusion.

Qu'est-ce que le travail dans la société qui est la nôtre ? Et comment redéfinir le « contrat » entre travail et loisirs ? La société des loisirs offre une infinité de spectacles, de jeux, d'écoutes musicales, en permanence, en tous lieux. Elle a forcément modifié la perception du travail et de l'effort.

Mais l'effort pour quoi ? Et jusqu'où ?

L'individu est plus sensible au coût du travail qu'à son sens profond, plus séduit par la valeur des loisirs que par leur coût.

Il s'ensuit que le temps consacré au travail s'est considérablement réduit, sans que l'on ait redéfini le rapport coûts/valeurs.

N'oublions pas non plus l'aspect quantitatif : sur le marché du travail, on ne trouve plus de point de rencontre entre l'offre et la demande. Le premier employeur potentiel, l'Etat, ne peut plus ni réguler ni alimenter l'offre faute de moyens budgétaires, réservés en priorité au service de sa dette.

Les grandes entreprises ont certes besoin de main-d'oeuvre, mais comme elles opèrent de plus en plus au niveau mondial, leur impact sur le marché national de l'emploi est limité. A l'autre bout de la chaîne, l'infanterie nombreuse des employeurs, artisans et commerçants ne trouve pas de réponse intéressée ou adaptée, du fait des défauts de la formation dispensée par le système éducatif.

Quant aux PME, qui constituent dans les économies dynamiques la réserve d'emplois salariés offerts sur le marché national, leur fragilité accrue par la triple lourdeur du droit fiscal, du droit social et du système judiciaire, bloque l'offre face à une demande frustrée.

Aucune solution ne sera apportée si nous n'entreprenons pas un gigantesque effort pédagogique pour réinstaller le travail à sa place dans la société. Cet effort est d'autant plus urgent que l'on assiste, sans aucune parade, à la montée en puissance des économies d'Asie, au fur et à mesure que celles de l'Europe voient leur propre puissance contestée.

N'attendons pas que les économies émergentes, profitant des contraintes qui pèsent sur l'économie américaine, se chargent de réinstaller le travail chez nous... à leur manière.

Travail et société : tel sera le fil conducteur des travaux de Présaje, cette année et au-delà.