Théâtre et acteur, économie et décideur
En conclusion de la Lettre de Juillet 2010, Michel Rouger s'inquiète de la surabondance d'informations souvent superficielles. Elles ne répondent pas au besoin d'une information de qualité, nourrie de l'expérience et de l'analyse, pour éclairer les décisions stratégiques.

Henri Pigeat nous parle du besoin de comprendre. Jacques Barraux s'interroge sur les outils. L'un et l'autre esquissent ce que sera notre nouvelle collection : Premices. Ils savent que celui qui veut produire de l'information, la communiquer à son public, doit comprendre que, comme au théâtre, la prestation des acteurs fera le succès ou l'échec. Dans l'économie, l'acteur, c'est le décideur, insatiable dans sa quête d'informations. C'est là que le bât blesse.

Il n'y a guère de données que l'on puisse qualifier de « brutes », tant elles ont été « travaillées » : une information est presque toujours présentée comme triste ou réjouissante, avec sourire ou froncement de sourcil à l'appui, pour ne rien dire du clairon et du canon, bien connus des boursiers.

Pourquoi aujourd'hui plus qu'hier ? Parce que les « livreurs » d'informations sont de plus en plus nombreux et de plus en plus difficiles à évaluer, comme ce qu'ils produisent. Il ne s'agit pas de contester leur existence, mais seulement de souligner, pour le déplorer, le rôle dominant qu'ils ont pris sur la scène de l'information.

Ainsi de la Bourse. On critique sa prédilection pour le court terme. C'est indispensable pour rappeler aux décideurs l'exigence de rentabilité. Mais on ne s'est pas rendu compte que cette manie du court terme était devenue quasiment un dogme, notamment depuis l'explosion du numérique, qui permet de faire joujou sur la même valeur sans aucune limitation, pour être toujours « au plus près » : comme si la stratégie d'une entreprise changeait à chaque minute que Dieu fait !

A ce jeu, seules l'humeur et la rumeur comptent. Surtout si elles sont corroborées par le pilonnage des batteries et des salves de chiffres tirées de casemates inaccessibles au dirigeant visé, touché et parfois coulé. Sous ce déluge, il faut au décideur, mal informé, bousculé, tarabusté, de solides qualités de courage pour continuer à gérer le temps de la décision. Il suffit d'observer le comportement des politiques qui vivent la « blitzkrieg » des escadrilles de sondeurs pour en prendre conscience.

L'information nourrie de l'expérience du temps et de son rôle, documentée par l'analyse des faits, démaquillée, « nature », redevient un besoin. En témoigne la notice en 25 langues de produits devenus obsolètes à peine arrivés sur le marché. Si cette information était suffisante, pourquoi tant d'angoisse face à ce qui se prépare ? Mais parce que, précisément, elle ne fait souvent que renforcer l'angoisse. Immense chantier ! « Premices » entend y prendre sa part. Obstinément. Rendez-vous à l'automne.