Plus vite, plus haut, plus loin, la devise du sport olympique a été accaparée par la finance mathématique. Les mots du sport ont changé de sens. Valeurs et performances, sont au service des intérêts lucratifs des hommes et des femmes qui s'en servent en les manipulant. Ils restent ceux du courage et de l'abnégation pour les vrais sportifs, inconnus du sport spectacle, comme nos champions de Hand ball.
Cette réflexion a été débattue dans un comité préparatoire aux J.O d'hiver de 2018. Elle y fut illustrée par une comparaison des valeurs et des performances des supers vedettes de l'actualité, le TRADER et le BUTEUR. Auteur de cette provocation il m'a fallu convaincre de sa pertinence pour sa publication dans le cahier 2010 de l'institut de management du sport de Grenoble, dont j'ai tiré l'extrait ci-dessous .
L'observation initiale sur le buteur et le trader a été faite au cours d'un diner. Deux jeunes français connus de ma part comme résidant à Londres, se sont attablés séparément, chacun avec une compagne hyper glamour. L'un est footballeur, opérant au top de la Champion's league. L'autre est trader émigré vers la City après débuts dans une salle des marchés parisiens. Ce sont des hommes de hautes performances et rémunérations, l'un par ses primes et ses droits d'image, l'autre par ses bonus et ses stock-options. Ils sont au même niveau par l'argent que leurs donnent ceux qui les paient.
Ont-ils, pour autant, à égalité de valeur lucrative sur leur marché, une égalité de valeurs dans le comportement personnel ? Sans doute. Adeptes d'un pognonisme forcené ils ignorent le message humaniste de l'olympisme. Lorsque j'ai dit leur âge, 33 ans, à mon épouse, elle a aussitôt réagi : quel est leur avenir après 35 ans, dont 15 de performances physiques, de gloire et de vedettariat ? Je l'ai rassurée.
Le footballeur poursuivra dans le glamour, la charité business et la presse people. Puis il fera entraineur moins vite, voire plus loin, et s'il a été raisonnable, à l'approche de la cinquantaine, il montera plus haut, vers les présidences des organismes où il recommencera à prendre quelques coups, et quelques rémunérations complétées par de solides honoraires de consultant. Tout cela est banal. Même pas critiquable.
Le trader, poursuivra dans le glamour et la presse financière. Puis il fera, plus loin, à Wall street, de la gestion de grands fonds, moins vite, et s'il s'est préservé de la maladie de Madoff, à l'approche de la cinquantaine, il ira plus haut, vers ces innombrables organismes, dits de régulation, où il sera grassement honoré, pour sa compétence et sa réussite passée, qui résisteront un temps à l'ambition des jeunes.
L'un et l'autre entreront au Panthéon des icones adulées. Sans être un exemple, ils seront une référence, un modèle de business, entretenus à l'écran devenu tactile sous les doigts des candidats qui « entreront dans la carrière » selon un air connu.
Chacun comprendra à la lecture de cette provocation que l'esprit de lucre restera bien vivant, et que la crise qu'il a provoquée, sera bien durable.