Secrets et Transparence
Dans l'éditorial de la lettre de Juillet 2007, Michel Rouger décrit le concept de 'rendu de compte' comme un moyen d'équilibrer deux forces opposées, le secret et la transparence, dans un monde où l'accès à l'information est de plus en plus important.

Les secrets sont les multiples enfants du silence, couverts d'or. Ils ont pour prénom : médical, défense, instruction, bancaire,d'État, d'alcôve, et bien d'autres.

La transparence est la fille de la vidéo qui vient d'entrer dans les cabinets des juges d'instruction, et de l'épargnant qui a payé pour savoir que si le silence est d'or, il nerespecte pas toujours leur argent. La difficulté vient lorsqu'il s'agit de dresser le contrat de mariage entre le secret et la transparence. Les tabellions qui cherchent l'équilibre entre ce qui évitera les excès du mutisme et les perversités de l'exhibitionnisme ont inventé le rendu de compte - accountability en anglais - pour apporter la solution. Avec quelques conditions à la clé.

D'abord, quiconque tient les cordons de la bourse des autres, avec les pouvoirs qui y sont attachés, doit manifester une réelle volonté de rendre des comptes.

Cette disposition, peu compatible avec un ego surdimensionné, peut-être stimulée par la seconde condition à respecter : la méthode.

Comme dans tout phénomène d'émission et de réception, les grands arrangeurs de la communication peuvent transformer la musique et les paroles pour les adapter en dissimulant la partition d'origine. Il faut donc une méthode de rendu de compte qui soit à la fois stimulante pour les volontés amollies, et préventive de l'action des arrangeurs de la Com.

Depuis une dizaine d'années, les autorités de marché ont appliqué progressivement, de plus en plus lourdement, les méthodes à respecter par les grandes entreprises. Reste à préserver la méthode des dérives de l'émotionnel, du superficiel et de l'instabilité lorsque les aléas de l'économie inspirent des peurs qui détournent du traitement des dangers. Mais cette méthode ne peut être pérenne que si elle s'étend bien au-delà du cercle des sociétés cotées.

Les parties prenantes à l'économie de marché se sont multipliées bien au-delà des entreprises du secteur marchand. À tel point que les spécialistes évoquent ouvertement l'application des principes de gouvernance, de transparence et de « rendu de compte » à tous les organismes, publics ou privés, associatifs à but lucratif ou non, groupements et réseaux, qui interviennent dans les échanges de biens et de services.

Le chantier à entreprendre est vaste et urgent. Ce début de XXIe siècle laisse apparaître les fractures de l'édifice économique et financier contrôlé par les puissances de l'OCDE depuis quelques décennies. Les temps devenant plus durs, l'obligation de rendre compte sera plus indispensable que jamais pour ceux qui détiendront un pouvoir sur les conditions de vie des autres.

Après l'été, que PRESAJE vous souhaite agréable, le thème des comptes à rendre dans différentes professions dont la nature est de se nourrir du secret, sera abordé par des spécialistes de premier plan dans notre prochain ouvrage. À bientôt.