Parler de la déontologie - la science des devoirs - est une chose aventureuse à l'époque où la conscience des droits atteint des sommets d'exigence. Il faut pourtant le faire dans les domaines familiers à Présaje, l'économie, le droit et la justice.
Pour l'économie, dont chacun sait qu'elle ne prospère que dans le contrat et le respect des engagements, le séisme de la crise et de ses destructions fait des ravages. Qu'il s'agisse de la rémunération des dirigeants, de la protection des salariés, des épargnants comme des futurs contribuables, le contrat ne vaut plus grand-chose. Les droits et les devoirs sont fonction de la météo politique.
On ne sait pas qui a tiré le premier, mais le dernier a fait mouche, le patron des assurances américaines AIG, sauvées du naufrage par les remorqueurs de la FED, qui n'a pas hésité à puiser dans les restes du coffrefort avant qu'ils ne tombent dans les mains du sauveteur. On comprend que la météo politique tourne à l'orage.
Oublions la déontologie dans l'économie, pour un temps, il sera plus audible d'y revenir après le tumulte de l'orage. Et comme tout finira chez les avocats et les juges - comme en France, autrefois, dans les chansons -, intéressons-nous à eux, en ouvrant un débat sur une recherche et un ouvrage 1 qui traite de leur déontologie.
Le justiciable l'apprend parfois à ses dépens : si le juge rend la justice par ses jugements, l'avocat la fait ou la défait par la procédure et sa relation avec les médias. L'exacerbation, chez l'avocat, de la conscience des droits de ceux qu'il défend, peut annihiler la science de ses devoirs. L'exacerbation, chez le juge, de la science de ses devoirs, peut annihiler la conscience des droits de ceux qu'il juge.
Les grands procès médiatisés ont fourni l'exemple de la défense de l'assassin présumé très mal ressentie par les proches de la victime dont on ignore la douleur, comme celui de l'accusation des présumés pédophiles dont on méprise l'innocence.
La déontologie est très présente dans les formations des avocats et des juges. Elle constitue une véritable épreuve pour les candidats à ces nobles professions. Il est réconfortant de voir ce débat ouvert sur la science des devoirs et la conscience des droits chez ceux qui sont les plus sollicités pendant les crises sociales.
1 L'avocat, le juge et la déontologie, par E. de Lamaze et Ch.Pujalte, aux PUF, en participation avec Présaje