Retour sur un lieu commun : Oui à l'économie de marché, non à la société de marché
La formule « Oui à l'économie de marché, non à la société de marché » est célèbre mais Xavier Lagarde questionne la pertinence de ce modèle. Il met en lumière les contradictions inhérentes et propose une alternative.

La Politique est, entre autres choses, un art de la parole. Il faut ainsi prêter à ses meilleurs professionnels l'aptitude à saisir l'air du temps d'une formule bien ciselée. De ce point de vue, l'un de nos anciens premiers ministres fit preuve d'un talent indiscutable lorsqu'il déclara au début des années 1990 : "oui à une économie de marché, non à une société de marché". Le gouvernement actuel travaille toujours sur le même modèle : il promeut dans le même temps politique de la croissance et plan de cohésion sociale. Serait-ce qu'il n'y aurait pas d'autres solutions et que, selon une autre formule, "on a déjà tout essayé" ?

Il est permis de penser que non. Dans une économie ouverte, l'intégration dans la société passe par une présence sur le marché. Ceux qui occupent les emplois qu'offre la solidarité nationale le savent bien qui ne peuvent jamais décliner avec l'aisance souhaitée le triptyque identitaire : nom, prénom, profession. Ayant accepté le marché dans son principe, il faut se faire à l'idée qu'il pèse nécessairement sur l'organisation de nos sociétés. Faute de quoi, nous en sommes réduits à adopter une posture contradictoire : appuyer sur la pédale d'accélérateur (l'économie) et "chauffer la pédale de frein" (le social).

Il n'est de meilleure illustration de cette inconséquence que l'attitude des pouvoirs publics à l'égard des investisseurs : d'un côté, on a tout fait pour les attirer ("tout pour les fonds propres", disait-t-on), de l'autre, on a tout fait pour limiter la rentabilité des investissements ("sus aux licenciements boursiers").

Il est cependant d'autres façons de raisonner. Un investisseur sait parfaitement qu'il doit supporter des contraintes, pourvu qu'elles soient cohérentes. Dans cette perspective, mieux vaut préférer la contrainte quantitative à la contrainte qualitative et poser que tout investissement a un coût, y compris social, plutôt que de multiplier les barrières au licenciement. Pourrait alors s'esquisser un système dans lequel une franche libération de la gestion des ressources humaines irait de pair avec une assurance chômage plus généreuse. Cette dernière pourrait être abondée par les entreprises selon les principes du bonus-malus et fonctionner avec les salariés intéressés sur un principe de contrepartie : "échange indemnisation contre formation".

Pour des politiques en quête de programmes, et non seulement de formules, peut-être est-ce une idée.