Le droit a-t-il un sens ? Oui, celui du citoyen qui doit le respecter. L'a-t-il perdu à ses yeux ? Probablement, parce que la Loi et la Justice ne respectent plus le sens commun partagé par la plupart des citoyens.
La Loi
Le lien entre la Loi et le citoyen est assuré par ses élus au Parlement. Ce lien a été rompu, par la liaison, très intime, entre l'administration d'Etat et le gouvernement, qui font la loi, ensemble. Elle se fait plus dans les cabinets qu'à la Chambre, où elle est votée par un parlement effacé. Le citoyen ressent cette rupture. Il la vit mal, au point d'exprimer son mécontentement par le "zapping"
électoral lorsqu'il est consulté.
Elle est aggravée par une inflation de textes ressemblant soit à des notes de services administratifs, soit à des communications politiques destinées au traitement immédiat des manifestations du présent émotionnel dans lequel vit l'opinion publique. Pire, les plus hautes autorités du pays en critiquent ouvertement la forme. La Loi est faible et trop souvent illisible.
Pour remettre le Droit à l'endroit, il faudra bien commencer par remettre la Loi à sa place, en lui redonnant la force qui justifie que nul ne l'ignore.
La Justice
Le lien entre la jurisprudence classique de nos tribunaux et le Droit s'est rompu, pour de multiples raisons qu'on a grand tort de réduire à la seule responsabilité des juges.
Le concept de régulation, issu de l'économie mondialisée, est venu se superposer au concept de la Justice auquel les gens étaient habitués, avec ses tribunaux et ses juges. La multiplication des formes, des lieux de juridiction, des jugements rendus au nom de l'Europe, comme au nom du peuple français, ou de telle administration, ont bouleversé les habitudes et la compréhension de la décision du juge.
La faiblesse structurelle de la Loi a été compensée par un recours excessif à la contrainte pénale répressive qui a transformé la mission du juge, dorénavant plus distributeur de punitions qu'apporteur de solutions. Pour remettre le Droit à l'endroit, il faudra, aussi, remettre le juge à sa place. En recommençant à penser à l'Homme, avant de penser à l'administration des hommes. La génération qui sera au pouvoir dans 15-20 ans le ressent avec plus d'acuité que celles qui l'ont précédée et qui ont laissé faire. Elle a des exigences d'un humanisme sincère propre à notre culture.
Il faudra les satisfaire avant qu'elle aille chercher des fausses réponses dans le retour vers les idéologies destructrices du XXe siècle.