La réforme est le maître mot de la société française depuis si longtemps qu'on finira bien un jour par trouver pour quelles raisons il est impossible de réaliser, par cette voie classique, les transformations que les Français attendent.
Le passionnant colloque des Entretiens de Saintes sur « La santé, malade de la Justice ? » a démontré à quel point il fallait prendre en compte ces incohérences. Le fameux « French paradox », inexpliqué par les médecins qui se penchent sur les risques alimentaires des Français et leur vaillante "résistance", n'est pas le seul.
Si l'on veut attirer l'attention sur les multiples incohérences évoquées ci-dessus, il suffit de retenir les plus évidentes par les temps qui courent.
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Pourquoi les Français champions de l'épargne individuelle entretiennent-ils un Etat champion du surendettement collectif ?
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Pourquoi le pays qui comporte un million d'élus de toutes sortes admet-il que la loi soit faite par cent directeurs de cabinet du pouvoir central ?
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Pourquoi le système de santé français est-il considéré comme le meilleur du monde, vu de l'étranger, alors qu'il est présenté à l'intérieur du pays comme un malade proche de l'agonie ?
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Pourquoi le vin français est-il considéré comme le meilleur sur le marché mondial alors qu'il est dénoncé comme poison par les agences sanitaires de l'État ?
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Pourquoi les Français continuent-ils à espérer augmenter leur pouvoir d'achat alors que leur administration étatique fait tout pour entraver la capacité de vente de leur économie ?
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Pourquoi la France entretient-elle son imagerie révolutionnaire en rêvant de faire bouger des Français manifestement réfractaires à tout changement ?
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Pourquoi les Français sollicitent-ils la confiance des étrangers alors qu'ils vivent dans un état de défiance les uns à l'égard des autres ?
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Pourquoi les Français sont-ils sincèrement défenseurs des droits de l'homme chez les autres alors que leur Etat est régulièrement condamné pour ne pas les appliquer correctement chez eux ?
Il n'y aura sans doute pas de réponse à ces questions dans le prochain numéro. Les Français ont appris à vivre avec ces incohérences, comme on apprend, avec l'âge, à vivre avec ses rhumatismes. Ils s'en accommodent, en dehors des périodes de rémission et de traitement qui durent quelques mois après le changement de rhumatologue. A l'institut PRESAJE, nous qui pensons ce mal curable, serions-nous devenus incohérents ?