Julien Damon est l'auteur du livre « Éliminer la pauvreté» publié cette année aux PUF
Comment définir la pauvreté ? Dans sa dimension absolue, elle caractérise une situation de dénuement total. Mais à un moment donné, elle n'a pas le même contenu réel en fonction d'éléments multiples : comportement individuel, époque, niveau de développement du pays, environnement, etc. D'où l'utilité de la fixation d'objectifs simples avec des rendez-vous pour mesurer les progrès ou les retards d'une politique de lutte contre la pauvreté.
Le gouvernement français a annoncé en octobre 2007 un objectif de réduction de la pauvreté d’un tiers en cinq ans. L’expression d’une telle finalité, avec toutes ses ambiguïtés, suscite, selon les interlocuteurs, de l’enthousiasme, du scepticisme, voire de l’ironie. Si elle est une innovation dans le contexte des politiques françaises, elle n’est pas totalement neuve dans le contexte international. Qu’il s’agisse de l’Union européenne ou des Nations Unies, l’objectif de réduction, voire d’éradication, de la pauvreté a été exprimé depuis le début du millénaire.
En 2000, l’ONU a établi des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), visant, notamment, à « réduire de moitié l’extrême pauvreté » d’ici 2015. En 2000, l’Union européenne a lancé sa stratégie dite de Lisbonne, contenant une invitation à « donner un élan décisif à l’élimination de la pauvreté » à l’horizon 2010.
Aux trois échelles, mondiale, européenne, française, le sujet est d’abord technique. Il s’agit d’indicateurs et de qualité des données. On peut tenter de résumer la substance des échanges et controverses par une formule. La pauvreté a des dimensions relativement absolues (le dénuement total dans les pays pauvres, comme dans les pays riches). Elle est, dans une large mesure, absolument relative car elle dépend des gens, de la période et de l’environnement. L’affirmation des objectifs quantifiés permet de fixer les définitions et de véritablement pouvoir apprécier les avancées et les reculs.
Si discussions il y a sur les résultats pour l’ensemble des objectifs de l’ONU, les experts s’accordent sur l’atteinte attendue du premier des Objectifs du millénaire pour le développement, grâce à la croissance en Chine et en Inde. Dans l’Union européenne, les perspectives sont davantage mitigées, mais l’ambition a été de nouveaux affirmée, avec l’inscription parmi les principales orientations de la stratégie « UE 2020 » d’un objectif très précis consistant à réduire de 20 millions le nombre de pauvres d’ici 10 ans.
Tous ces objectifs de résultat, qui sont sans obligation juridique, placent les politiques sous contrainte. D’où l’importance des rendez-vous clairement fixés par les horizons temporels annoncés. L’incontestable échec européen quant à l’élimination de la pauvreté en 2010 a, par la méthode suivie, permis un rebond intelligent et plus précis, avec l’adoption d’une visée moins grande mais plus aisément mesurable. Pour les OMD, le rendez-vous, au deux tiers du parcours, a eu lieu fin septembre 2010 à New York, avec rassemblement de la communauté internationale autour de réussites et de défaillances (certaines liées à la crise, d’autres pleinement structurelles) dans l’atteinte des objectifs fixés. Pour l’objectif français, le rendez-vous est cet automne, quand le gouvernement, tenu en cela par la loi, rendra un rapport au Parlement sur les avancées. Il en sortira, comme toujours, polémiques et controverses techniques, mais aussi débat politique et mobilisation.
France | 13 % 1 |
Union européenne | 16 % 2 |
Monde | 22 % 3 |
1 INSEE pour le taux de pauvreté monétaire ancré dans le temps en 2005 (qui est le taux de pauvreté monétaire au seuil de 60 % de la médiane, en 2005) | |
2 EU-SILC - Eurostat pour le taux de risque de pauvreté au seuil de 60 % de la médiane, en 2005. | |
3 Banque mondiale et ONU, seuil de 1 dollar par jour. |