Qui pense peu se trompe souvent
Dans l'éditorial de la lettre d'Octobre 2009, Michel Rouger en appelle a Léonard de Vinci pour dénoncer les dangers de la pensée courte et notre rapport aux chiffres pour les évaluations dans le domaine économique.

Il y a cinq siècles, Léonard de Vinci nous mettait en garde contre les dérives de nos économies modernes. Pourquoi nous trompons-nous si souvent ? Pourquoi pensons-nous si peu ?

De crise en crise, nous répétons l'erreur d'accorder trop de crédit, au propre comme au figuré, aux chiffres, aux calculs et aux évaluations qui conditionnent nos décisions économiques et financières. De projets de régulations en essais de contrôle, nous répétons l'erreur de rechercher les solutions dans la petite pensée courte, la réglementation, ses textes bâclés, ses sanctions péremptoires, de préférence à la pensée longue, réfléchie, la Loi.

L'économie, monde des usages, se méfie des règles, qu'elle excelle à contourner. Elle respecte la Loi qui fixe le cadre de ses activités, elle en reconnait la lettre et l'esprit, qui donnent au jugement une force incomparable à celles de l'usage et de la réglementation.

A condition que l'économie vive dans un Etat de droit. Ce fut vrai dans les Etatsnations, jusqu'à ce que la mondialisation en fasse des féodalités locales, aux droits décalés, comme on le voit après la ruine passagère de la monarchie absolue régnant à la Cour deWall Street.

C'est pourquoi il est grand temps de remettre chacun à sa place utile - le Droit, le chiffre, le jugement et l'évaluation - si l'on veut penser plus pour se tromper moins. Une question s'impose alors : faut-il condamner le chiffre ? Non. Seulement son mauvais usage, qui ne doit pas nous faire oublier tout ce qu'il nous a apporté dans l'analyse de la productivité des machines, du développement des marchés, des sciences, de la richesse et de la liberté.

Heureusement, la dernière alliance ruineuse de la cupidité des manipulateurs de chiffres et de la négligence des régulateurs petits penseurs a produit un bienfait. Le monarque n'est plus absolu et les gourous qui l'inspiraient ont perdu de leur pouvoir, même s'ils n'ont pas tous quitté la Cour. La place est libre pour les penseurs de gros temps, aux équipes capables de mélanger les disciplines des lettres, du chiffre, du droit, de l'économie, de la gestion, de la finance.

Repassons chez Léonard de Vinci : « Aucune investigation humaine ne peut s'intituler science si elle ne s'appuie sur la démonstration mathématique ». Si ce visionnaire industriel avait imaginé les mathématiques financières, il aurait inversé son propos.