Quel Patriotisme Économique ?
Les sociétés contemporaines ont la mauvaise habitude de poser les débats de manière désastreuse, souvent autour d'une question mal posée ou d'un slogan. Eric Delbecque explore les limites et les dangers de cette approche, en particulier lorsqu'il s'agit du patriotisme économique.

Les sociétés contemporaines ont la mauvaise habitude de poser les débats de la manière la plus désastreuse qui soit. Celle-ci consiste à les articuler autour d’une question mal posée ou d’un slogan. Ainsi se voit-on aujourd’hui sommé d’être pour ou contre le patriotisme économique (1) ! Dès lors, c’est une véritable guerre sur les mots qui débute. Or, que l’on aime ou pas la formule, il y a bien une excellente interrogation dans cette affaire : celle de savoir s’il existe ou non des intérêts économiques nationaux à préserver.

A l'évidence, il y a bien un périmètre stratégique de souveraineté (dans lequel figure notamment les secteurs de la défense et de l'énergie) qu'il importe de sanctuariser. Pour le reste, il ne saurait être question de rétablir quelque protectionnisme que ce soit ou d'entraver l'investissement étranger sur le sol français.

Car il est évident qu'il s'agit de situer le débat au bon niveau : le patriotisme économique n'aurait aucun sens s'il se confondait avec l'édification d'une ligne Maginot tout autant inefficace techniquement qu'absurde politiquement (il faut rappeler à cet égard que la mondialisation permet à des millions de personnes de sortir de la pauvreté dans les pays émergents). En revanche, il est bien sûr crucial de questionner le thème du patriotisme économique pour trouver les moyens d'une nouvelle régulation des conséquences stratégiques, économiques, sociales et culturelles de l'évolution des formes de l'activité industrielle, commerciale et financière. Il ne faut pas étouffer, c'est certain, l'initiative et le dynamisme des entrepreneurs mais simplement viser l'encadrement éthique de l'univers des affaires, afin qu'il ne deviennent pas une simple jungle soumise à la suprématie du principe darwinien.

C'est dans cet esprit qu'il faut construire un patriotisme économique. Quel doit être son objectif ? Mettre en oeuvre un dispositif de régulation et d'encouragement de l'activité économique qui permette d'assurer à la nation des retombées positives du développement des entreprises en termes de croissance et d'emploi, ainsi que de conserver sur le sol national des centres de décision majeurs et de garantir la maîtrise d'activités et d'entreprises sensibles indispensables à la préservation de la capacité de décision de l'Etat.

Peut-être faut-il même renoncer à la formule de patriotisme économique et parler plutôt pour le XXIe siècle d'une stratégie française de compétitivité, d'attractivité et de sécurité économique. Construisons-là résolument et rapidement, en employant peut-être moins de formules incantatoires.

(1) Voir DELBECQUE Eric, Quel patriotisme économique ? 2008, PUF