Que restera-t-il du CPE ?
Xavier Lagarde analyse les conséquences de l'abandon du Contrat Première Embauche (CPE) et explore les idées qu'il portait. Il souligne la nécessité de s'adapter à un contexte économique globalisé et concurrentiel, où les entreprises ne peuvent garantir l'emploi, et de trouver des solutions pour accompagner les jeunes dans leurs transitions professionnelles.

Le Contrat Première Embauche est mort. Est-ce à dire que les idées que celui-ci mettait en oeuvre mourront avec lui ? Il est permis d'en douter.

Rappelons le " deal "proposé par le projet du CPE : un recul des garanties liées au contrat de travail à telle enseigne que l'employeur ait la possibilité pendant deux ans de licencier sans motif le jeune salarié ; une progression des garanties hors contrat de travail de telle sorte que le salarié licencié puisse rapidement bénéficier de l'assurance chômage. Ce donnant-donnant n'a pas suscité un consensus suffisamment solide. Demain, il pourrait en être autrement.

Sur le mouvement de rejet, rappelons qu'il y a toujours quelques risques à tailler un costume sur mesure à la jeunesse. Ensuite, il n'est guère porteur d'offrir du chômage indemnisé au lieu et place d'un travail, même mal payé. Pour emporter l'adhésion, il faut délivrer un peu plus de raisons d'espérer.

Mais le message dont le CPE était porteur a de l'avenir. Car ce message est juste. Dans un contexte globalisé et fortement concurrentiel, les entreprises ne peuvent garantir l'emploi. Il faut donc que la collectivité prenne le relais.

Simplement, dès lors que les périodes de non-travail ont vocation à se répéter et donc à devenir normales, il faut éviter de les traiter comme un sinistre pour s'en tenir au seul levier de l'assurance chômage. Il convient d'anticiper ces périodes et de les remplir avec de l'activité plutôt qu'avec de l'indemnitaire.

C'est ce que les dispositifs de retour à l'emploi s'efforcent de faire.

Mais il faudrait aller plus loin et prévoir que, dès l'entrée dans la vie professionnelle, celle-ci donne lieu à un premier contrat, différent du contrat de travail lui-même, et dont l'objet serait de déterminer le cadre des évolutions professionnelles ultérieures. Ce n'est jamais qu'une manière de pratiquer la " flexicurité ".

Il n'en reste pas moins que, au regard de nos conceptions traditionnelles de la relation de travail, il y a là un vrai virage. Il faut l'expliquer, agir à découvert et avec ampleur ; ce doit être possible, à la condition de ne pas donner l'impression de provoquer le changement par des dispositifs dérogatoires qui cachent mal leur inspiration et, finalement, contribuent à brouiller la justesse de cette dernière.