Le ‘couac’ sur la carte familles nombreuses comme les subtiles modifications des modalités de revalorisation du montant des allocations familiales en fonction de l’âge des enfants ont confirmé que le débat était souvent tronqué faute d’un minimum de rigueur sur les objectifs poursuivis.
Passons sur les difficultés de communication ou sur les savants calculs des économies effectuées d’un côté, des majorations obtenues de l’autre pour un bilan qui n’est pas toujours très clair finalement. Là n’est pas l’essentiel. Plutôt que de se perdre dans des détails au risque de tourner en rond, il est plus utile de relever quelques arguments utilisés ici ou là pour illustrer une dérive dont nous sommes convaincus qu’elle est à terme préjudiciable à la famille.
Premières réponses en forme de justification dans la cacophonie sur la carte familles nombreuses : élargissons là à d’autres modèles de famille ou à des familles de deux enfants dont le niveau de vie est modeste…
Seconde série de réponses s’agissant de la majoration des allocations familiales : le manque à gagner sera en partie compensé par une amélioration de la PAJE, aide pour la garde des jeunes enfants dont seront bénéficiaires les seules familles modestes faisant garder leur enfant par une nourrice ; à l’occasion, l’idée d’une mise sous condition de ressources des prestations familiales refait surface…
Que révèlent ces flottements et ces revirements ? Tout simplement que l’objet de la politique est noyé dans des considérations ponctuelles et de circonstance. La boussole est mise au placard tandis que la volonté de défendre un projet a définitivement disparu. Ne parlons pas de la mauvaise conscience qui s’est installée : comment lutter contre les assauts répétés de l’adversaire quand on ne sait pas soi-même ce que l’on veut ? Quelques rappels s’avèrent donc nécessaires en espérant que ce ne sera pas seulement ‘pour mémoire’.
La famille n’étant pas a priori un mal dont on souhaiterait se débarrasser, faut-il insister sur le fait qu’avoir une politique en la matière consiste à promouvoir un modèle d’organisation sociale en considérant, en l’occurrence, que la société trouve un avantage à l’existence et à l’épanouissement de familles ? Ce ‘mode de vie’ est un modèle pour les ‘riches’ comme pour les ‘pauvres’ ; ce critère n’a en fait pas sa place ici. Transformer la politique familiale en mesures de lutte contre la pauvreté est, du point de vue de la société que la politique devrait servir, le fameux bien commun, un véritable appauvrissement.
Le reste en découle presque mécaniquement, la confusion en particulier entre solidarité verticale et solidarité horizontale. Ces deux notions doivent être reprécisées régulièrement tant cette distinction, fondamentale pour une bonne compréhension de la politique, semble ignorée.
Faut-il, pour terminer, dénoncer cette habitude de vouloir tout décider d’en haut, au mépris d’un minimum de liberté de choix, condition de la responsabilité ? Pourquoi, en particulier, ne pas laisser une plus large autonomie aux parents, par exemple en matière de garde d’enfants ?
Décidément, la politique n’est pas chose facile. Nous le savions bien entendu… Est-il si difficile d’exiger, pour commencer, un peu plus de rigueur dans l’analyse ?