Préface : Justice, la réforme dos au mur
En préface de la publication des actes débats du 13e colloque annuel des Entretiens de Saintes, Michel Rouger retrace les réflexions, comparant les attentes exprimées en 2007 avec la situation un an plus tard, et soulignant les espoirs et les déceptions liés à l'évolution de la justice française.

Le 13e colloque annuel organisé par les ENTRETIENS de SAINTES, dans le cadre prestigieux de l'abbaye aux Dames, a été, par la vivacité des débats, le plus riche de ceux qui l'ont précédé, grâce à la profondeur des réflexions des personnalités intervenantes, dont la compétence a marqué les échanges.

Le thème choisi : Justice, la réforme dos au mur, avait été retenu en raison de la crise traversée par l'institution judiciaire à la suite de l'affaire d'Outreau qui vit l'opinion publique se passionner pour le fonctionnement de la justice et souhaiter l'indispensable réforme qu'elle voulait lui voir appliquer.

Une fois les débats terminés, le choix a été fait de décaler la publication des actes. Au demeurant, tous les participants qui occupaient des postes d'influence au Parlement, dans l'ensemble des barreaux français, dans la magistrature et dans la presse, savaient à quoi s'en tenir lorsque le la réforme espérée serait engagée.

Il fallait laisser le temps faire son œuvre une fois passées les consultations politiques du printemps 2007, et permettre au gouvernement issu des urnes de développer ses projets spécialement ceux concernant la justice. Un délai d'un an est apparu pertinent pour diffuser les actes en offrant, par ce décalage, une possibilité de comparaison originale entre les attentes et les réalisations.

Quel sentiment a inspiré au rédacteur de cette préface la lecture, en février 2008, de la transcription des débats de février 2007 ?

Un sentiment de grande satisfaction et de réel espoir, nés de cette lecture, tant les échanges, les réflexions, les engagements des 34 personnalités qui se sont livrées sans retenue. Aucune n'a pris la posture classique, corporatiste ou idéologique, qui aurait pu générer un dialogue de sourds.

Presque tout a été dit, avec la volonté sincère, exprimée par tous les intervenants, d'engager l'institution judiciaire dans la voie d'une réelle réforme que toutes les parties prenantes devaient élaborer rapidement afin de répondre à l'attente du peuple au nom duquel la justice rendue Quel sentiment inspire, au même rédacteur, la comparaison entre la situation constatée en février 2008 et celle que le colloque 2007 appelait de ses vœux ?

Un sentiment mélangé, fait de l'espoir de voir 2008 apporter les réponses aux questions traitées en 2007, par une Chancellerie déterminée à agir. Fait aussi du désespoir de voir réapparaître les postures antagonistes et génératrices de blocage, voir de rejets violents, que la douceur saintongeaise de 2007, avait fait oublier, quelles qu'en soient les justifications.

La sincérité des débats de 2007, les appels à la responsabilité des uns et des autres, au consensuel partagé sur l'essentiel, le désir de donner satisfaction aux demandes des citoyens, tout s'est effiloché. On a vu renaître tous les clivages qui font craindre que l'indispensable réforme engagée connaisse plus de difficultés que de réussite. L'ouverture de 2007 semble se refermer un an après Ne soyons ni pessimistes ni découragés, chacun pourra se faire son opinion grâce à la lecture de ces actes. Comme pour un jugement le lecteur disposera des demandes de 2007 et des conclusions de 2008. En les mettant face à face, chacun pourra juger en son âme et conscience.

Les actes dont vous allez prendre connaissance restent fidèles, dans leur forme, aux règles éditoriales des Entretiens de Saintes qui respectent le verbatim des débats.

Comme cela fut dit en préface des actes du colloque 2006 : La justice à l'épreuve du temps, les propos qui sortent du cœur ne sont pas transposables en langage académique. Merci de le comprendre.

Grand merci à tous les intervenants qui ont nourri ces actes de leurs réflexions profondes et sincères.