La comparaison de la crise actuelle avec 1929.
Ce n'est pas la bonne référence. Ce serait plutôt la crise financière des années 90 au Japon.
Le rôle des médias.
Comme toujours, ils vont dans le sens de l'opinion générale.
Le retour du thème de « L'horreur économique » en France.
Je ne crois pas à la thèse des réflexes « anti marché » des Français.
Faut-il un nouveau partage des territoires entre l'Etat et le marché ?
Il est souhaitable, dans le sens de plus d'État. Mais pas nécessairement dans le domaine financier. En revanche, dans le domaine de l'environnement et de la production des biens publics, en particulier des biens publics mondiaux, certainement. La question se posait donc déjà bien avant la crise. La crise risque au contraire de détourner les Etats de fonctions qu'ils doivent prendre en charge.
Quel est le point central de résolution de la crise ?
La crise sera « résolue » quand les anticipations redeviendront optimistes, et quand la question de savoir qui va perdre (j'appelle cela la purge du « mistigri ») aura été réglée. Faire ce qu'il faut pour favoriser ce retour de la confiance relève des gouvernements. Une réforme de fond du système financier est autre chose. Est-elle souhaitable ? Est-elle possible ? Ces questions me semblent encore très ouvertes. Et de toute façon, cela ne se fait pas à chaud.
Comment voyez-vous évoluer les rôles de l'Etat ?
En tant que pompier, rien de nouveau à inventer. En tant que régulateur du système financier, on ne réformera à mon avis qu'à la marge, une fois la crise passée.
Quel contenu concret mettez-vous dans les mots « confiance » et « valeur » ?
Ces deux mots me paraissent extrêmement concrets dans la langue naturelle. Il suffit de les utiliser en économie et en finance dans leur sens ordinaire.
La référence à Keynes est-elle opportune ou aberrante ?
Je crois me souvenir que Keynes disait que la plupart des politiciens et une grande majorité des économistes vivants étaient victimes de la pensée d'économistes morts depuis longtemps... Milton Friedman aussi est mort.
Economie réelle, économie immatérielle. Comment percer le mur d'opacité du monde virtuel ?
Pour moi, la finance n'a absolument rien de « virtuel ». C'est bien plutôt dans l'économie dite « réelle » qu'on trouve de « l'immatériel » : les marques par exemple, ou tout simplement le savoir. Il n'est qu'à se demander de quoi dépendent le chiffre d'affaires et les résultats d'une entreprise du monde « réel » : de la surface des locaux, du poids des machines et du nombre d'employés ? Par ailleurs, la finance est certainement l'un des domaines de l'économie où la subjectivité est réduite au minimum. Naturellement, ce minimum n'est pas nul, en raison de l'incertitude irréductible de l'avenir.
Existe-t-il des instruments permettant d'assurer la « traçabilité des risques » ?
Je suppose qu'il faut comprendre la question comme : « existe-t-il des moyens sûrs d'évaluer le risque d'un actif financier, en particulier des actifs très sophistiqués ? » Dans ce cas, la réponse est : non, sinon pour les actifs « sans risques », qui en pratique n'existent pas.
Face aux limites des techniques comptables, comment mieux répondre à l'impératif de « rendre des comptes » ?
Toute norme comptable est une convention. Toutes les conventions comptables ont des avantages et des inconvénients. C'est pourquoi en pratique, les analystes en utilisent en fait plusieurs, et « retraitent » les comptes, quelle que soit la façon dont ils sont initialement présentés.
Comment voyez-vous l'Acte 2 de la crise actuelle ?
Il est temps que les gouvernements des grandes puissances économiques (Chine comprise) coordonnent leurs politiques économiques. C'est pour moi la réforme prioritaire.
Les thèses néo-protectionnistes ont-elles une chance de rencontrer un écho dans notre pays et chez nos partenaires ?
Non. Le monde est beaucoup trop imbriqué pour cela. Les firmes globales ne le voudront pas. Les grands pays émergents non plus.