L'information à très grande vitesse
Compte tenu de l'évolution rapide de l'information à l'ère numérique, et de l'impact des nouvelles technologies sur la production et la consommation d'informations, Nicolas Arpagian souhaite voir se développer une pédagogie des consommateurs pour garantir une utilisation responsable de ces outils.
L'information n'est plus ce qu'elle était. Y a-til exemple plus frappant que celui du rapport de Jean-Louis Beffa sur la "nouvelle politique industrielle" ? Aussitôt après l'avoir remis au Président de la République, l'auteur n'attend pas, comme cela se faisait naguère, l'impression du texte et sa diffusion par la Documentation Française : il ouvre un site à son nom, et s'affranchit ainsi des barrières matérielles et administratives.

Autre exemple : la campagne du référendum sur le projet de Constitution européenne.

Avec quelques centaines d'euros d'équipement informatique, des militants ont ainsi pu présenter leurs prises de position et contribuer au débat public. Alors que l'étatmajor de France Télévisions renonçait à faire venir sur ses plateaux le président de la Commission européenne, des centaines d'internautes français faisaient en ligne l'exégèse du texte du traité. Avec souvent des mises en page et des analyses qui n'avaient rien à envier aux programmes des médias traditionnels.

Ce bouillonnement médiatico-numérique fait que la comptabilité des minutes de temps de parole - telle qu'effectuée par le Conseil Supérieur de l'audiovisuel pour les canaux dépendant de son autorité - laisse un peu songeur. A un moment où la France compte désormais plus de douze millions d'abonnés à Internet, le chronomètre des sages du CSA désireux de calibrer les temps d'antenne a un côté pour le moins désuet.

C'est maintenant le tour des particuliers.

Chacun veut disposer de son propre outil d'émission d'informations. L'augmentation des dépenses des ménages en termes de loisirs joue aussi son rôle : alors que la souscription d'abonnements au téléphone portable semble désormais assimilée à un droit de l'Homme non négociable, et que les achats de jeux vidéos, de connexions Internet et autres équipements numériques prennent des proportions croissantes, on ne peut pas être étonné de la baisse continue des ventes de la presse traditionnelle.

Aux États-Unis, l'Audit Bureau of circulations vient ainsi d'annoncer que la diffusion moyenne payante des quotidiens américains a reculé de 1,9% sur ces six derniers mois. Et que si, en 1964, quatre Américains sur cinq lisaient un journal, aujourd'hui ils sont seulement un sur deux. Cette année, 44% des Américains de 18 à 34 ans déclarent rechercher tous les jours des informations sur des sites Internet. Tandis qu'ils ne sont que 19 % à reconnaître le faire quotidiennement dans la version papier d'un journal.

Le principe d'effectuer ses propres collectes d'information sur la Toile n'est évidemment pas condamnable en soi. Et cette mise à disposition de la pluralité de données du Net est certainement un progrès salutaire.

Toutefois, ne disposant plus du filtre des connaissances et de responsabilité juridique d'une rédaction d'un titre de presse, les informations ainsi diffusées le sont sans garantie aucune. Avec, à la clé, d'inévitables risques d'erreurs, mensonges et autres manipulations.

Certes, l'Histoire de nos médias nous a appris que ces derniers pouvaient également être victimes de telles manoeuvres. Faut-il imaginer que l'un de nos parlementaires en vienne à proposer un amendement qui portera son nom, une transposition au monde des médias en ligne de la loi de 1844 établissant les brevets dits SGDG ? Cela signifiait que ledit brevet avait été publié "sans examen préalable, aux risques et périls des demandeurs et sans garantie soit de réalité de la nouveauté ou du mérite de l'invention, soit de la fidélité ou de l'exactitude de la description". Remplacez le terme invention par celui d'information, et vous tenez là une des bases du principe de précaution appliqué à ces nouvelles formes de média...

Plus sérieusement, vu la banalisation dans le grand public de ces outils de production et de réception d'informations que sont les ordinateurs et les connexions haut débit, nous ne pourrons pas longtemps faire l'économie d'une "pédagogie" des consommateurs. Car c'est désormais une partie très substantielle de la notion de citoyenneté. L'information "TGV" pose une fois de plus, à sa manière, le problème de l'équilibre entre liberté individuelle et règles du jeu.