L'Indépendance : Responsabilité ou Défiance ?
L'indépendance, comme le cholestérol, peut être bénéfique ou néfaste. Michel Rouger présente les deux faces de la médaille, analysant les responsabilités et les défis liés à l'autonomie.

Il est de l’indépendance des individus comme de leur cholestérol. Il y en a une bonne et une mauvaise.

La bonne indépendance est celle qui se mérite, dont l’exercice est inspiré par une grande responsabilité à l’égard des autres. La mauvaise est celle qui est revendiquée, dont l’exercice est inspiré par une grande défiance à l’égard des autres.

L’actualité nous apporte trois exemples de cette de dualité.

1/ L’indépendance des journalistes.

Elle est, en France, en règle générale, plutôt méritée.

Les organes de presse écrite ou audiovisuelle y manifestent le plus souvent respect et sens des responsabilités tant à l’égard des faits que des personnes. Ce qui n’est pas le cas dans de nombreux pays. Toutefois, il est un domaine qui reste hautement pathologique, celui des rapports avec l’argent et avec ceux qui le détienne, objets d’une totale défiance. C’est ce qui provoque ces pulsions d’indépendance revendiquée par les journalistes.

2/ L’indépendance des juges.

Elle est à la fois méritée et revendiquée.

Le grand mérite de la justice est de conserver son indépendance en gérant un système juridique démesuré et sur- pénalisé avec un grand sens de ses responsabilités. Mais le corps judiciaire des magistrats, qui fonctionne comme tous les grands corps de l’État sur le mode introverti, provoque un sentiment de défiance à l’égard des autres. Cette revendication d’indépendance, quasi obsessionnelle, s’atténuera le jour où les juges accepteront de s’ouvrir à la société. Ils y remplissent un rôle qui doit être préservé d’une défiance qui dénature la sérénité et l’impartialité du juge.

3/ L’indépendance du banquier central européen.

Elle est évidemment méritée.

Par l’esprit de responsabilité qu’elle manifeste, elle apporte aux pays qui veulent réussir dans la compétition mondiale une stabilité qui leur faisait défaut avant. Elle évite de subir les conséquences des fantaisies budgétaires des concurrents qui géraient mal leurs monnaies.

Il ne sert à rien qu’elle revendique son indépendance lorsque le frondeur donne de la voix. La BCE est une fourmi qui doit savoir poursuivre son activité, ne serait-ce que pour bien montrer aux cigales comment faire pour devenir fourmi. Celui qui la dirige, qui est né au pays de La Fontaine, peut le comprendre.