La conclusion de François Ewald, synthèse des interventions qui nourrissent cette édition de la Lettre Pres@je.Com, fait appel à deux mots et aux concepts qu'ils inspirent pour caractériser le moment que nous vivons au sortir de la crise de 2008- 2009 : « catastrophe » et « harmonie ».
Le premier, « catastrophe », a peu évolué dans le temps de l'Histoire. Il décrit une rupture brutale, génératrice de malheurs dans le temps et dans l'espace.
Le second, « harmonie », a connu de nombreuses évolutions et a été perçu de manière différente au gré de l'histoire des hommes, de la manière dont ils ont vécu, dont ils ont créé, inventé, construit, cherché à organiser la vie sur terre. La théorie de la relativité du grand Einstein a introduit ce concept d'harmonie entre le temps et l'espace, jusqu'alors domaine réservé à l'Histoire, l'harmonie étant l'antithèse des catastrophes qui la jalonnent.
L'intérêt de voir apparaitre ces deux mots, « harmonie » et « catastrophe » dans un débat qui s'est voulu prospectif sur les relations futures entre grandes puissances, est de proposer une nouvelle lecture de ces concepts à la lumière des confrontations qui nous attendent au cours de la décennie 2010-2020. Il faut alors faire référence à deux critères familiers aux juristes : l'absolu et le relatif.
La catastrophe « absolue » est d'ordre naturel. Elle est susceptible de faire basculer les relations que l'homme entretient avec la planète sur laquelle il vit. De temps immémoriaux< -les dinosaures -, aucune espèce dominante n'a connu de catastrophe globalisée. Seules des ruptures locales ont provoqué et provoquent encore de grands malheurs limités dans l'espace. Haïti après combien d'autres. Certes, de nombreuses voix expriment, plus ou moins fort, les grandes peurs de l'an 2000, comme un millénaire plus tôt, mais rien ne permet de redouter - une malgré tout possible - catastrophe absolue pour la décennie qui commence.
La catastrophe « relative » est d'ordre humain. Elle crée une rupture dans un dispositif visant à assurer le fonctionnement « harmonieux » de la société. La faillite de la banque Lehmann en fut une, la première globalisée, bien au-delà des faillites de 1929, limitées à l'Occident dans leurs conséquences.
La question ouverte au cours de ce débat du 18 janvier - un débat voulu pour permettre qu'elle soit posée - est double :
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La confrontation globale entre la puissance chinoise conquérante, face à l'Occident assoupi dans les délices trompeurs de Wall Street et le Capoue de la Pax Americana, peut-elle entrainer des catastrophes relatives globales ?
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Cette confrontation guidera-t-elle vers une « harmonie » rénovée au terme d'un nouvel agencement des relations entre des nations soudainement saisies par la crainte d'une catastrophe absolue ?
L'affaire Google et les attaques des hackers chinois contre des sites américains protégés conduisent à répondre oui à la première question. Le sommet de Copenhague pousse à répondre oui à la deuxième. Face à ces prémisses, PRESAJE s'attachera à comprendre les prémices de cette décennie 2010-2020.