L'entreprise face au cancer social de la drogue et de l'alcoolisme : Les addictions dans le monde du travail
Les addictions à la drogue et à l'alcool touchent de plus en plus le monde du travail en France. Julien Emmanuelli dresse un état des lieux en amont des Assises nationales qui se tiendront le 25 juin pour discuter des solutions à mettre en place.

La France compte 4 millions de consommateurs de drogues illicites et 4 millions de buveurs excessifs d'alcool. Un cancer social qui a des prolongements à l'intérieur des entreprises. Pour la première fois, des Assises nationales se tiennent à Paris le 25 juin pour traiter des moyens de lutter contre les addictions dans le monde du travail.

Plus nombreux, plus précoces et plus intenses : en quelques décennies, les usages des drogues se sont massifiés au point de devenir un problème majeur de santé publique. On dénombre ainsi en France 4 millions de consommateurs de drogues illicites (cannabis et cocaïne, notamment), 4 millions de buveurs excessifs d'alcool, près de 20 millions de fumeurs de tabac... et une tendance marquée à la polyconsommation.

Face à ce constat, le Plan gouvernemental de lutte contre les drogues 2008-2011 table sur la mobilisation de l'ensemble du corps social pour réduire notamment les usages de drogues et les abus d'alcool ainsi que les dommages qui sont associés. Soignants, éducateurs, parents, communauté scolaire... Sur ce sujet, chacun a sa part de responsabilité, chacun est comptable des autres.

Miroir des évolutions sociétales, le monde du travail n'est pas épargné par les addictions. C'est un sujet encore peu documenté mais qui monte en puissance (15 à 20 % des accidents du travail et de l'absentéisme seraient dûs à l'usage de psychotropes). Tous les acteurs interrogés, notamment dans le secteur de la construction, du transport et des services, confirment la prévalence croissante de l'usage de psychotropes sur le lieu du travail, et une perception accrue du phénomène notamment par les DRH. Cette banalisation s'effectue dans un contexte où l'implication des médecins du travail sur des sujets déjà difficiles se complique du fait de la démultiplication des missions et de la crise démographique de la filière.

Si tout le monde s'entend globalement sur l'existence du problème et de son insuffisante prise en compte, les interprétations et les solutions proposées divergent souvent : pour les uns, le problème relève essentiellement des conditions de travail et impose de revoir plus généralement l'organisation et le management ; pour les autres, c'est surtout un problème importé au sein de l'entreprise. Il requiert des moyens d'intervention plus efficaces (systématisation des actions de prévention primaire et secondaire, dépistage). La solution est sans doute à mi-chemin mais il n'empêche que le sujet demeure entier et sa gestion actuelle très insatisfaisante.

Dans cette perspective, des Assises nationales se tiendront le 25 juin prochain au Palais des congrès de la porte Maillot, le gouvernement ayant estimé que la mise en œuvre d’un dialogue soutenu entre pouvoirs publics, partenaires sociaux, employeurs et intervenants spécialisés était le meilleur moyen d’évoquer ce qui est encore trop souvent un sujet tabou dans notre pays.

Ces assises s'inspireront des retours de forums régionaux organisées sur ce thème en 2009. L'idée est de porter les termes d'un débat constructif sur la manière d'améliorer la prise en compte de ce sujet (qui fait quoi et comment) au regard des évolutions techniques (tests salivaires...), des consultations organisées par la MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie) avec les différents acteurs en amont et des préconisations sollicitées auprès du Comité consultatif national d'éthique, tout en visant à trouver un consensus pour formaliser la responsabilité et les devoirs de chacun en la matière.

Outre le fait de documenter plus précisément la question, l'enjeu est notamment de savoir comment concilier liberté individuelle et sécurité collective en abordant sans détour la question des usages de produits psychoactifs, de leur prévention, de leur repérage et de leur prise en charge dans le respect de principes éthiques réaffirmés ainsi que la question de la formation des professionnels du soin et de la prévention intervenant en entreprise.

L'objectif à terme sera de formuler des préconisations consensuelles et concrètes permettant aux pouvoirs publics d'engager d'éventuelles modifications législatives ou réglementaires, impliquant dans leur élaboration et leur mise en œuvre l'ensemble des acteurs du milieu professionnel.