Fini. Dans vingt ans, les sportifs ne pourront plus réaliser de records du monde. Tels sont les résultats de l’étude d’une équipe de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport, publiée le 6 février 2008.
Fini. Nos petits enfants ne connaîtront pas cette magie de vivre en direct la réalisation d’un nouveau record du monde. Etrange sensation, mais une sensation qui ne surprend personne. Cette étude confirme ce que tout le monde savait. L’homme est physiquement limité. Inutile d’être un grand expert pour parvenir à cette conclusion. L’expertise est néanmoins intéressante en ce qu’elle chiffre le nombre d’années qui nous sépare de la stagnation de la performance sportive. Mais alors, l’esprit de la performance va-t-il changer à partir de 2027 ? N’y aura-t-il plus de course à la performance ? L’esprit sportif va-t-il muter en un simple esprit de course à la médaille ? La conséquence serait-elle la fin du dopage ?
Non. D’une part parce que jamais un sportif de haut niveau ne pourra se résigner à croire qu’un record est devenu imbattable. D’autre part parce que l’on parle de record obtenu dans des conditions « naturelles ». Enfin, parce qu’en 2027, nous avons de fortes chances pour assister au basculement irréversible du sport-spectacle vers le sport de masse.
Assurément, dans 30 ans, le mouvement sportif organisera, sous l’influence d’astucieux sponsors, des compétitions labellisées « bio » et d’autres labellisées « pro ».
Prenons l’exemple du football américain. Qui croit encore que les muscles surdimensionnés de ces sportifs sont parfaitement « naturels » ? Personne. Et pourtant, le super bowl reste le spectacle sportif qui réunit le plus de spectateurs, en engrangeant les plus fortes recettes publicitaires. Imaginons maintenant le football américain en 2027. A l’évidence, il concourra dans la catégorie des sports labellisés « pro » et ceci ne choquera personne. Cette réflexion peut également être menée au sujet des basketteurs, des sprinteurs, des cyclistes…
C’est d’autant plus vrai que le génie génétique se trouve de plus en plus présent dans le sport. Or, l’avenir de la performance sportive semble inéluctablement lié à l’avenir de la génétique. Le mouvement sportif résiste actuellement à cette émergence du « naturel amélioré » (chirurgie esthétique, viagra, hormones de croissance…). Mais pour combien de temps ?
On se souviendra du CIO défendant l’amateurisme pur et dur, jusqu’au jour où, sous la pression de l’opinion publique, ces notions d’amateur et de professionnel sont apparues complètement désuètes.
Question : que dira le droit face à cette évolution ? L’activité sportive est évidemment trop importante pour se passer d’un cadre juridique adapté à la nouvelle donne.
Voyons déjà Pékin. C’est demain.