Le Retour des États (Michel Guénaire) : Notes de Lecture de Monsieur de Cordouan
Issu des archives de Michel Rouger : Michel Rouger prend la plume de Monsieur de Courdouan pour traiter de la résurgence des sentiments nationaux dans un monde globalisé. Il propose sept pistes de réflexion pour une analyse plus complète et plus pertinente du rôle de l'État dans le monde d'aujourd'hui.

J'ai trouvé fort brillant l'ouvrage qu'a rédigé votre ami Michel Guénaire. J'observe la France et ses différentes formes d'État depuis quatre siècles. La fresque historique qu'il a dressée est à la fois séduisante et pertinente. Elle lui a permis de traiter un vrai sujet : celui de la résurgence des sentiments nationaux au sein d'une humanité mondialisée.

La façon de traiter ce sujet sous le titre du Retour des Etats est caractéristique d'un universitaire français hybride, libéral et étatiste, de signe zodiacal encyclopédiste, à fort ascendant juriste. Bref c'est du bon travail mais il reste marqué par ces deux caractéristiques de l'esprit français que sont :

Le messianisme hérité de la révolution par lequel la France serait seule face au monde qu'elle aurait reçu mission de guider vers des jours meilleurs.

Le déterminisme qui conduit les chercheurs à ne s'intéresser qu'aux conséquences pour mieux leur appliquer les choix déterminés faits dans le cadre messianique, qui ignore les causes.

Il suffit d'ajouter à cela les deux mots de passe favoris du langage français :

Le Retour qui jalonne les quatre siècles d'histoire que j'ai vécus, depuis celui du parti dévot et de la Contre Réforme qui a écrasé la Rochelle sous mes yeux en 1628, jusqu'au au retour du petit Caporal de l'île d'Elbe en 1815, le retour à la terre du Maréchal en 1942, celui du Général en 1958, etc ... et en 2013, celui du candidat président battu en 2012 L'ETAT, que j'ai vu RICHELIEU construire, tellement ancré dans le cœur des français qu'ils ont fondu leur République dans l'ETAT FRANCAIS de VICHY, pour leur honte et leur malheur, en conservant cet asservissement jusqu'à nos jours.

Il faut maintenant terminer le chantier entrepris. Je fais 7 propositions pour y aider.

  • On ne voit pas comment les Etats et les pouvoirs qui s'appuient sur eux pourraient s'affranchir des mutations en cours. Depuis 30 ans ils ont su gérer le quatrième pouvoir - les médias - ils ont évolué avec vers la politique spectacle. Ils n'ont pas commencé à gérer le cinquième pouvoir né des échanges explosifs entre tous les individus et toutes les communautés grâce au Web, aux réseaux sociaux, et à l'abolition du temps et de l'espace par les NTIC. Avant que le retour des Etats soit accompli, les démocraties et les citoyens, comme l'exercice de tous les pouvoirs, auront changé de nature et d'aspirations. Voir CH. Saint Etienne sur Xerfi canal.

  • Tous les analystes, qui, comme votre ami se sont engagés dans la recherche de l'évolution des pouvoirs et des Etats devront changer de langage. Ils devront apprendre à partager leurs réflexions avec la multitude transformée par la société de la connaissance. S'ils n'arrivent pas à faire comprendre ce qu'ils disent et à faire admettre ce qu'ils proposent, leur travail ne servira à rien. La coupure peuple/Elites, observée aujourd'hui, c'est déjà ca. Et ça s'aggrave !

  • Les recherches entreprises exigeront le maximum de profondeur. L'analyse historico-littéraire, typiquement française, seule, si brillante soit-elle ne le permet pas. Atteindre la partie la plus dure, le rocher sur lequel les fondations des analyses doivent reposer, exige un mode d'observation partagée entre plusieurs types de savoirs et d'expériences individuelles.

  • il résulte des 3 observations précédentes que la vision fonctionnelle de l'État, propre aux élites qui dépendent de lui et monopolisent la parole, est dépassée. Il faudra étudier, en théorie et en pratique, une vision spatiale de l'Etat qui lui propose de nouvelles limites à son action, au-dedans comme au dehors. Et proposer une vision temporelle de ses activités, sans vocation à l'éternité, parce que toute administration ne se reconnaît que dans cette nature éternelle (le Reich millénaire). D'où le blocage sur les acquis dont souffre la Nation.

  • Pour passer de l'analyse fonctionnelle de l'Etat à celle de la place qu'il doit occuper dans l'espace et dans le temps il faudra définir sa nature et ses comportements. La France est certainement l'endroit du monde où cette analyse est la plus facile tant les évolutions de son État ont été nombreuses. C'est ce terrain d'expériences qui a permis de vérifier que, par nature, tout Etat a vocation à être carcéral. Il a besoin de frontières, de démarcations, de douanes, de murs et de murailles, pour vivre et développer sa bureaucratie sans références ni concurrence.

Deux situations paradoxales témoignent : l'Etat Français 1940 - 1944, un pouvoir étatisé, carcéral, inconsistant, sans diplomatie, ni armée, ni justice ni économie, omnipotent par sa bureaucratie policière, accepté, soutenu. La 5ème République 2005 -2013, un Etat démocratique totalement ouvert, contesté par les étatistes qui veulent plus d'espace carcéral - la sortie de l'Europe - et les anti étatistes pressés de le voir tailler dans la bureaucratie qui ruine la Nation.

Sans une description de la nature, des comportements de l'État et de ses rapports avec le pouvoir et les institutions il sera impossible d'approfondir la réflexion en cours.

  • Il ne suffit pas d'évoquer le chemin du retour des Etats vers de meilleurs équilibres au sein de la société. Il faut expliquer le chemin fait à l'aller qui aurait conduit aux déséquilibres invoqués. La réflexion/poncif qui réduit l'origine des déséquilibres aux rapports entre l'État et les marchés est beaucoup trop superficielle. Quelle que soient les contraintes que les marchés financiers imposent aux Etats. Ils les auraient évitées en s'endettant moins, et en réfléchissant aux conséquences de leur incurie.

Historiquement, les équilibres et les déséquilibres des sociétés reposent d'une part sur la démographie (oubliée dans l'ouvrage) en quantité et en qualité, d'autre part, sur les échanges, dont les marchés ne sont que l'expression lucrative. Ce sont les échanges qui véhiculent le savoir et la science (hier, les marins arrivant à Calicut), aujourd'hui le non lucratif sur le web.

  • Last but not least. Il faut que votre ami explique, d'abord, entre quoi et quoi, qui et qui, cet équilibre optimum doit être trouvé. Entre les échanges, les marchés, la démographie, la fermeture carcérale, la bureaucratie, la science, le 5ème pouvoir, la culture française au sein de la civilisation occidentale, etc. Ensuite en déduire la fonction de l'Etat, et tout à la fin sa forme. A l'envers de la méthode d'analyse de son « Retour des Etats » qui part de la fonction de l'Etat pour aller vers un équilibre pré déterminé.

Il ne faut pas s'arrêter en si bon chemin, au risque de rater les mutations que subira l'Etat Français, qu'il le veuille ou non, retour ou pas. A nouveau lire Ch. St Etienne. Bon courage !