Chacun connaît les petites puces qui équipent tous les objets de la vie quotidienne sans lesquels ce serait le retour cinquante ans en arrière, situation inimaginable pour ceux qui sont nés après le célèbre transistor des années soixante.
Ces puces, et les processeurs qui en gèrent le fonctionnement, reposent sur le principe binaire du choix - oui ou non - qui permet l'enchaînement des décisions. La justice et ses auxiliaires le font, beaucoup, beaucoup plus lentement, dans le procès qui prépare tout jugement.
L'enchaînement des décisions, leurs liens - mot transcrit dans le langage des internautes - vont être élaborés pour constituer le procès qui est le fondement même de toute action judiciaire. Certes, l'héritage de la pratique du syllogisme, cher aux philosophes et aux grands orateurs, peut conduire le juge à résister à la domination des choix binaires, auteur/ victime, créancier/débiteur, coupable/innocent, responsable/non responsable, etc.
Mais c'est de plus en plus difficile. C'est pourquoi il faut attirer l'attention sur les risques résultant d'une telle évolution.
Par sa formation, le juge a appris à faire parler les hommes et femmes qui comparaissent devant lui. Il a appris à dialoguer avec leurs avocats. Il a appris à comprendre les rapports des experts qu'il a missionnés pour éclairer le procès. Nulle part, sauf à titre personnel, le juge n'apprend à faire parler les disques, les puces et autres CD-rom. Or l'actualité montre à quel point tous ces objets sont indispensables dans l'analyse des faits et des comportements.
La preuve immatérielle fait ainsi irruption dans les procès, élaborée par des techniciens qui font leur entrée dans le prétoire. Ils y expriment les certitudes de la « science ». La réfutation de leurs affirmations est d'autant plus aléatoire que leurs expertises, ou ce qui en tient lieu, ne sont pas contradictoires en matière pénale.
Cette évolution, par laquelle le fonctionnement du processeur, les analyses et conclusions qu'il suggère, viennent s'imposer dans le déroulement du procès, pose un véritable défi. Il doit être relevé par tous les acteurs d'une oeuvre de justice qui repose, depuis des siècles, sur la recherche des preuves matérielles les plus irréfutables.
La mode de la solution par les experts, vite mise en valeur dans les séries audiovisuelles, ne peut conduire à lui donner le pas sur le jugement humain.