L'histoire foisonne de prévisions défaillantes ou erronées. Mais l'Internet détient la palme. Il y a dix ans, qui aurait prédit l'intense engouement de la société d'aujourd'hui pour ce « joujou » ? L'Internet constitue un vivier d'informations sans précédent, accessible sans contingence de temps ou de lieu.
Aux sources traditionnelles, comme la presse, les livres, accessibles dans une certaine mesure sur l'Internet, s'adjoint la production personnelle d'un nombre croissant d'internautes, qui utilisent le Web comme une scène inédite d'expression publique.
Le succès rencontré depuis quelques années par les pages personnelles, ou blogs, en est la manifestation la plus saisissante. N'importe qui peut désormais s'exprimer dans quelque registre que ce soit à l'attention d'un public indéterminé. Le journal intime, que son auteur a traditionnellement vocation à conserver, semble bien loin. Question : où nous mène ce foisonnement universel ?
L'Internet à tout-va ?
Traditionnellement, l'opinion publique se formait par les vecteurs « descendants » de l'information, les médias classiques, qui se faisaient les relais des sources institutionnelles. Avec une forte propension au mimétisme, lié aux nécessités du suivi de l'actualité, les mêmes événements, les mêmes sujets étaient souvent abordés de conserve par l'ensemble des médias, puis délaissés semblablement par eux. L'Internet entraîne une double rupture par rapport à ce schéma traditionnel. Tout d'abord, l'opinion publique ne se forge plus aux seules sources institutionnelles mais tout un chacun, papillonnant où bon lui semble sur le Web, peut y glaner des informations, des analyses, comme autant d'eau apportée au moulin de sa propre opinion. Dans le même temps, l'Internet, ouvert tous azimuts, favorise non pas tant la constitution d'une opinion publique, que l'expression publique d'opinions personnelles. Le tout aboutit à l'émergence d'une opinion numérique, empreinte non seulement d'une propension à l'universalisme, mais aussi d'un repli sur l'individu. C'est donc, à tous égards, un véritable changement de paradigme de la communication publique qui semble s'installer. Du moins dans un premier temps...
Les limites du clic Ces limites, le numérique les engendre lui-même, car l'Internet regorge d'informations erronées, imprécises, trompeuses. Seul celui qui sait déjà ou - variante - qui sait ce qu'il ne sait pas, est à même de tirer le meilleur parti de la Toile. En outre, la liberté qu'assure la technique dans l'accès à l'Internet finit souvent par devenir synonyme de liberté sans garde-fou. Or si le droit, dans ses sources nationales comme internationales, reconnaît le principe de la liberté d'expression, il l'assortit d'un certain nombre de limites (respect de la vie privée, présomption d'innocence, diffamation,etc.) qui sont allègrement méconnues par les internautes.
Cela veut dire que le risque de monopole est exclu.
Ce qui se profile, c'est une vaste réorganisation du marché de la communication. Un marché très concurrentiel, sous l'aiguillon du Net !
La nouvelle donne
On oublie trop souvent que l'émergence de l'Internet a coïncidé avec la naissance de la presse gratuite : d'où le choc. Mais les médias réagissent.
Ainsi la presse écrite et la radio ne se contentent pas de développer leurs propres sites Web, mais s'inspirent des atouts de l'Internet : réduction du format des journaux, place plus importante laissée au lecteur ou à l'auditeur, développement du podcast.
Par ailleurs, les points faibles de l'Internet ne manqueront pas de révéler les mérites des médias traditionnels. Si la déontologie dont est nourri le journalisme sérieux offre des gages de compétence dans la recherche de l'information et l'expression des propos, nulle déontologie ne s'applique au commun des personnes qui font usage de cette tribune qu'est l'Internet. Les médias traditionnels resteront donc indispensables. A condition de s'adapter !
« Qui donc a un avis à donner à sa cité ? » Telle était la formule par laquelle, dans l'Antiquité, était ouverte deux fois par an l'Ecclesia d'Athènes, rassemblant l'ensemble des citoyens. Réponse en ce début de XXIe siècle : tout le monde, par l'écrit, par la voix, par l'image, par le Net.