Le jeunisme affiché par la génération de la politique spectacle, du rêve éveillé et du présent éternel, dissimule la situation inquiétante de la vraie jeunesse, celle qui est notre avenir à tous.
Une jeunesse qui a compris que, pour une part importante de ses effectifs, elle était en train de perdre son avenir, comme elle avait perdu son passé, voire son présent. Il ne faut pas chercher ailleurs les raisons de son vote négatif le 29 mai : seule démarche politique sincère, malheureusement occultée par les votes relevant du passéisme idéologique et des calculs électoraux.
La jeunesse ressent l'absence de passé, à la fois plus collectivement et plus intimement.
Collectivement, chez les enfants des migrants africains et maghrébins, que dans le jargon du moment on appelle les "minorités visibles". Ils ont subi l'immigration de leurs parents et perdu un passé culturel qu'ils tentent, en vain, de faire revivre au sein d'une société d'accueil peu intégrante, réservée à leur égard, peu ouverte à leur démarche identitaire.
Intimement, par les enfants ballottés, déboussolés, au sein des familles recomposées, plus ou moins conflictuelles, et qui ne savent plus très bien à quel passé parental ou familial ils appartiennent, ni à quelles valeurs ils peuvent se référer. Il y a pire : lorsque par clivages sociaux et professionnels, livrés à une assistance compassionnelle et à une sousculture, leurs parents sont eux-mêmes dépourvus d'identité et d'appartenance.
Quant au présent qui peut apporter la part de jouissance accessible au sein d'une société opulente et technicisée, ils n'y ont guère accès, soit du fait de l'absence prolongée de revenus salariaux, soit du fait de l'instabilité de ceux qu'ils arrivent péniblement à acquérir.
Les jeunistes ne veulent rien voir, rien entendre, et restent enfermés dans leurs avantages en béton, leur théâtre de carton-pâte, et leurs postures télévisuelles. Au risque de nous exposer au pire.
Faut-il pour autant douter de cette jeunesse qui monte ? Pas du tout. Elle est en train de forger sa future citoyenneté dans la difficulté - elle n'en sera que meilleure - pour remplacer les jeunistes sonnés par un sérieux coup de vieux au soir du 29 mai.