L’investissement dans l’éducation digitale : un des enjeux de la réussite du passage à une société apprenante.
En 1989 naissait le World Wild Web (www). En 30 ans, un « tsunami numérique » s’est abattu sur des pans entiers de l’économie faisant naître de nouveaux champions capables de changer les règles du jeu, et entraînant un profond bouleversement du monde du travail.
65% des enfants en primaire feront un métier qui n’a pas encore été inventé. Il y a urgence à faire en sorte que l’école forme mieux à la société du XXIe siècle et développe les compétences requises par les parcours de vie de demain, à savoir la créativité , la pensée critique , le travail collaboratif , le droit à l’essai et à l’erreur.
50 % des métiers d’aujourd’hui seront supprimés ou profondément modifiés dans les années à venir. Les compétences qui avaient un champ d’action d’une vingtaine d’années sont maintenant obsolètes en 2 ans .
Face à l’accélération de la mutation, il va falloir « apprendre à apprendre » et « surtout apprendre tout au long de sa vie ». Chacun alternera périodes de formation initiale, de salariat, d’entrepreneuriat, et d’auto-formation pour favoriser son employabilité. C ‘est la fin du diplôme à vie. Les entreprises devront aussi très rapidement mieux contribuer à former leurs salariés pour les reconvertir dans un mode beaucoup plus collaboratif.
Cette obsolescence toujours plus rapide des connaissances et cette émergence de nouveaux métiers, en totale pénurie, obligent au déploiement rapide d’un écosystème digital pour aider à transformer l’éducation.
Les plateformes numériques d’éducation digitale permettent une accélération de la diffusion des savoirs, dans une inclusion sociale et géographique renouvelée et l’accès à une éducation de qualité pour le plus grand nombre Les avancées de l’intelligence artificielle, des sciences cognitives, du big data, offrent une personnalisation réelle des apprentissages et une plus grande autonomie de choix dans les parcours. « L’adpative learning » permet une éducation qui s’adapte aux besoins, aux acquis et aux désirs de chacun.
L’Education digitale ou Edtech est-elle le prochain tsunami ? 9 milliards ont été investis dans l’Edtech dans le monde depuis 2015 dont 90% aux USA et en Chine. La Chine a annoncé vouloir investir 30 milliards de dollars d’ici 2020, pour un public de 400 millions d’élèves et 120 millions de travailleurs à former. La compétition mondiale pour les savoirs est engagée. La France y a toute sa part.
C‘est l’engagement que j’ai pris en créant Educapital, le premier fonds d’investissement européen dédié au secteur de l’éducation et de la formation. Notre objectif est de faire émerger les champions français de l’Edtech, en construisant une plateforme d'investissements responsables.
A l’instar des autres secteurs, l’innovation viendra d’acteurs qui disruptent un marché et qui atteignent vite une taille européenne.
Une plateforme européenne d’investissements permet de soutenir de futurs champions capables d’exploiter les percées de la recherche en didactique, en sciences cognitives et de la communication. C’est ainsi que nous construirons une société apprenante, collectivement, qui sera capable de transmettre nos valeurs.
La responsabilité de l’investissement dans les technologies de l’éducation porte également sur l’importance attachée à l’éthique. La nouvelle société apprenante se fonde sur plus de confiance, avec des échanges horizontaux et collaboratifs, qui vont contribuer à une émancipation des personnes par la valorisation de leurs talents et de leurs expériences propres. Il est crucial de leur garantir un niveau très élevé de sécurité d’accès et de compréhension des données, dans un cadre juridique respectueux et éclairé.
Le changement de paradigme, qui nous fait basculer d’une société d’apprentissages linéaires et présentiels à une véritable éducation choisie et collaborative, implique d’apprendre à apprendre en valorisant la participation de chacun à la co-construction de son savoir. Une société apprenante de l’autonomie, de l’écoute et de la confiance en l’autre, de l’apprentissage par le questionnement et l’expérience, sont des perspectives réalisables.
L’éducation est un marché mondial compétitif dans lequel l’influence culturelle, le maintien des valeurs humanistes, la possibilité du libre-choix éclairé apparaissent comme des impératifs de survie.
La singularité française, “Science sans conscience n’est que ruine de l’âme”, nécessite le développement d’outils, de systèmes et de services qui nous permettent de transmettre des acquis uniques, de préserver des savoir-faire, de préparer les nouveaux savoirs-être. Si l’intelligence artificielle ouvre des possibilités d’observation et d’analyse importantes pour la réussite du changement de la société apprenante, l’autorégulation, la bienveillance dans les modalités d’évaluation, la participation des acteurs sont primordiales.
La France commence, avec retard, à s’intéresser sérieusement aux technologies de l’éducation. La conjoncture est favorable à un déploiement rapide. Les alarmes des parents, inquiets de l’effondrement du niveau des élèves dans les classements internationaux, sont écoutées. Les difficultés des entreprises à recruter les nouveaux talents indispensables sont comprises. Les propositions des scientifiques et des chercheurs pour une rupture innovante sont soutenues.
La présence de Jean-Michel Blanquer au lancement du fonds Educapital a été un signal fort pour tout l’écosystème de l’éducation innovante , l’annonce d’une coopération public privée exemplaire pour gagner très vite la bataille d’une éducation au numérique et par le numérique au service de l’humain.