Le Débat sur la Sécurité, Enjeu de la Présidentielle ?
Résumé du débat organisé par le Presse Club et l'Institut Présaje le 27 mars 2007 sur la sécurité en France, thème central de la campagne présidentielle. Nicolas ARPAGIAN, Delphine BATHO, Alain BAUER, Elsa HERVY (représentant Thierry MARIANI) Jean- Claude MAGENDIE et Frank NATALI partagent leurs analyses et perspectives sur les enjeux de la sécurité.

C'est à l'occasion de la sortie en librairie de notre 9ème ouvrage « Liberté, égalité… SECURITE » , réalisé sous la direction de Nicolas ARPAGIAN et édité par PRESAJE et DALLOZ, que le PRESS Club de France et PRESAJE ont organisé ce débat.

Nous présentons ici, les extraits des exposés et des échanges avec la salle.

Nicolas ARPAGIAN: la pièce et les acteurs

L'idée générale de cette réflexion était de saisir l'aspect polymorphe du problème de la sécurité. Au-delà des responsabilités directes des forces de police et de gendarmerie, force est d'ouvrir le débat au fond, qui est de nature sociale, sociétale, politique. D'où la constitution d'un « panel » diversifié, mêlant des personnalités de l'université, de l'entreprise, de la police, de la magistrature.

Une fois le diagnostic dressé, trois options sont toujours possibles pour les pouvoirs publics :

  • ne rien faire

  • laisser à d'autres acteurs le soin d'intervenir : c'est la solution de la sécurité privée

  • faire appel aux outils offerts par les nouvelles technologies.

Mais jusqu'où aller ? Les risques de récidive détectés par l'analyse des traits du visage est courante aux Etats-Unis ; en Europe, cela est jugé choquant. Trouver le compromis acceptable entre sécurité et préservation de la liberté, tel est le défi d'aujourd'hui.

Alain BAUER : des images télévisées à la connaissance du terrain

Le présent ouvrage peut paraître décalé dans la mesure où les débats politiques de 2007 portent moins explicitement sur la sécurité qu'en 2002. En fait, le thème de la sécurité est toujours là, mais il est habillé de façon différente : on parle maintenant du problème de l'identité.

Evidemment, les formes d'expression ne sont pas neutres : l'actualité devrait sans doute nous amener à porter attention à des gestes apparamment plus nouveaux, comme la référence à la Marseillaise, voire la génuflexion à Notre-Dame. Mais au fond, la problématique de la société a-t-elle beaucoup changé depuis 2002 ?

Elargissons le débat à la criminalilté. Quand on raisonne en termes économiques, il faut bien voir que la « production » de criminalité est une activité majeure au plan mondial (sur les diverses formes de criminalité, cf. le compte-rendu des débats en ligne). Et face à cela, on ne nous offre souvent qu'une réponse ultra-répressive ou, au contraire, une vision angélique. A cela s'ajoutent les calculs politiques, reposant sur l'exploitation de la peur.

Les bonnes solutions ne peuvent être trouvées que par la connaissance du terrain, des quartiers, des écoles, c'est-à-dire de la complexité. On est en train de découvrir le passage de la télévision en noir en blanc à la TV en couleurs ! C'est un progrès...

Jean-Claude MAGENDIE: lien social et fraternité

Montesquieu, déjà, posait la question : comment concilier la sûreté de l'Etat avec la liberté de la personne ?

Comment ne pas glisser de la notion de sécurité à la tendance sécuritaire ? Certains Etats n'y ont pas réussi.

La France, elle, a choisi de respecter les droits de l'homme, sans évacuer, même en temps de guerre, ce qui relève du droit et du juge, garants des valeurs de la démocratie.

Le droit a ses veilleurs. Depuis 2000 existe une Commission nationale de déontologie de la sécurité, instituée pour éviter tout risque de dérapage.

Mais il n'y a pas que le droit. Il ne faut pas oublier le troisième terme de la devise républicaine - la fraternité -, conçu sur le tard après la Révolution de 1848, mais aussi essentiel que les deux termes qui le précèdent.

C'est le meilleur rempart contre les dangers du communautarisme.

Que l'on soit passé peu à peu de la fraternité à la solidarité, peu importe : le lien social est le ciment qui joue un rôle déterminant dans l'objectif de sécurité.

Frank NATALI: résister aux pressions

Quand on rappelle que c'est au juge de trouver le juste équilibre entre sécurité et liberté, il faut se souvenir que celui-ci se situe dans un contexte social, et parfois, on peut avoir le sentiment que le magistrat a besoin d'une grande force d'indépendance pour ne pas agir sous pression.

Hier encore, nombre de nos concitoyens étaient prêts à admettre assez largement la détention provisoire.

Depuis l'affaire d'Outreau, on note une évolution: on se dit qu'il doit y avoir aussi une sécurité pour ceux qui sont poursuivis ou qui sont susceptibles de l'être.

Les garanties procédurales sont le privilège de nos démocraties. C'est de cette manière que l'on peut résoudre le dilemme entre sécurité et liberté, qui semble d'ailleurs s'estomper. Les avocats ont évidemment le devoir d'y veiller.

Delphine BATHO : halte au manichéisme !

Premier point : il faut être conscient de l'attente des citoyens directement concernés par les problèmes de sécurité : les difficultés de la vie quotidienne, les interpellations et tout ce qui en résulte. Les politiques sontils capables d'apporter les solutions attendues ? Voilà la question des Français.

Deuxième point : le rôle essentiel du diagnostic, qui doit écarter tout manichéisme. Gauche et droite partagent succès et échecs. Des moyens ont été déployés de 1997 à 2002, comme entre 2002 et 2007 : tirons les leçons de ces expériences. L'opinion semble tout de même avoir évolué : l'élection présidentielle ne se joue pas seulement sur le thème de la prévention-répression, on y mêle la question d'éducation, de protection sociale, d'environnement. L'idée est de lutter contre tous les désordres générateurs d'inquiétude, et donc trop souvent de violence.

Elsa HERVY: les violences « non crapuleuses »

Représentant ici Thierry Mariani, j'ai bien saisi la question qui nous était posée : vous PS, et vous UMP, partagez-vous le même diagnostic ?

La réponse est oui s'il s'agit de mesurer la gravité de la crise. Là où nous sommes moins d'accord, c'est sur l'appréciation de la tendance et des chiffres. La vérité, c'est que depuis 2002, les violences crapuleuses ont baissé ; ce qui a augmenté, ce sont les violences « non crapuleuses » (cf. l'analyse d'Alain Bauer dans le compte-rendu en ligne).

Nous préconisons deux lignes d'action :

  • d'abord continuer à assurer la répression contre toutes les formes de violence ;

  • faire de la prévention : moins de discours, plus d'actions ; par exemple en recourant à la loi de 2007 permettant l'éloignement du conjoint violent. L'arrivée des travailleurs sociaux dans les commissariats va dans le même sens.

Il y a, à l'évidence, une prise de conscience du caractère global de la sécurité. Le présent ouvrage, où chacun apporte sa pierre, contribue à border la réflexion.