Le Bilan des Lumières
Michel Rouger revient sur l'héritage du Siècle des Lumières, en questionnant son impact réel sur l'histoire. Il analyse les transformations politiques, sociales et scientifiques de l'Europe, du XVIIe siècle à nos jours, en soulignant les contradictions et les défis auxquels la civilisation occidentale est confrontée.

Ces 3 propos, en forme de fresque historique, inspirés par « le bilan des lumières » seront réutilisés dans un prochain édito sur le site web TV « l'Echo des arènes » et dans un second, publié dans la lettre « Presaje.com » de début juin consacrée au Brexit

Le siècle des lumières

Attiré par le siècle de la renaissance, seizièmiste convaincu qui a pratiqué la disputatio sur le rôle des femmes après le Concile de Trente, à la Cour de cassation, Je suis plus Rabelais que Rousseau. Pire, je vois plus d'ombres par les faits que de lumières par les hommes, dans ce siècle ainsi glorifié par la suite.

Je n'imagine pas Louis XIV, le 1er janvier 1701, réunir la cour dans la galerie des glaces, pour y proclamer ouverte la première journée du premier mois de la première année de ce grand siècle des lumières. C'eut été grotesque.

Il est vrai que Rousseau et d'Alembert sont nés au début du XVIIIe siècle, naissances encadrant le traité d'Utrecht qui a vu la domination maritime des Anglais affirmée dans le règlement de la succession du trône d'Espagne, au détriment des Français. Certes, le siècle des lumières a débuté par la fin de la monarchie incandescente du Roi-Soleil, mais il a fini dans la monarchie déliquescente confiée au docteur Guillotin. Avant de sombrer dans les ténèbres de la terreur pour faire de ce temps historique, celui de la réduction de la domination française sur le continent, au congrès de Vienne.

Le siècle des sciences et des techniques

Le XIXème siècle, celui de la révolution industrielle initiée par les Anglais, les techniques, est d'une tout autre nature. Grâce à leurs Ecoles scientifiques, en de multiples techniques, les Français ont ajouté la science à cette révolution. Hors de la décennie 1860, plutôt Anglomaniaque, cet apport a été écarté par notre intelligentsia. À nouveau je suis plus Eiffel que Lamartine. Sans avoir honte !

Paris, ses cours successives, monarchiques, impériales et républicaines, avaient un besoin impérieux de cet intelligentsia qui les feraient briller, par l'esprit, d'une part, face aux marchands anglais, à leur noblesse des forges et des Mines et à leurs esclaves ouvriers, d'autre part, face aux peuples à coloniser, dans la compétition féroce engagée avec la perfide Albion, pour se les attirer par la générosité de nos Maîtres à penser.

Le recours à la mobilisation des penseurs du 18ème siècle, bien marquettée dans le concept des lumières, a répondu à ces besoins, en créant un torrent de sciences molles, faciles à vendre aux peuples que les « luttes » émancipaient. Tout s'est effondré à Versailles en 1871 lorsque le 2ème Reich est venu ajouter la domination continentale germanique à la domination maritime britannique. Il ne manquait que les horreurs du 20ème siècle, celui des idéologies perverties des Lumières, le Goulag et l'Holocauste.

L'Europe

Le 20ème siècle a créé une institution, l'Union Européenne. Il s'agit d'un ensemble d'administrations marchandes, fortement implantées dans la liberté des échanges que procure la protection militaire américaine, après le plan Marshall de la fin de la guerre.

En 2016, les peuples d'Europe continentale, au moment où les Britanniques vont s'éloigner d'eux, se trouvent face à un dilemme, qui, à la fin, sera arbitré par le conflit, latent, entre la puissance industrielle allemande et la faiblesse politique française.

Les États-Unis, sauf à s'engager prochainement dans un nouveau siècle d'isolationnisme comme ils l'ont fait entre 1820 et 1917 ont choisi de faire fonctionner le marché européen, sous la conduite de leurs entreprises planétaires. Ils les protège grâce à l'OTAN, qu'ils renforcent en raison des risques qui pèsent sur l'Occident affaibli.

Les Français, champions du tout politique, rêvent d'institutions qu'ils pourraient dominer par l'esprit à défaut de l'exemple. Les Allemands n'en ont pas besoin, ils n'en veulent pas. Les Anglais partis, c'en sera fini de l'Europe politique, au profit de l'Europe économique allemande, rejointe par ceux des Anglais qui choisiront le continent.

Est-ce que, pour autant, le continent Ouest européen va redevenir un théâtre de conflits et de guerres. Ce n'est pas évident, non pas du fait des institutions mais du fait que les ingénieurs de la fin de la dernière guerre ont su domestiquer l'énergie nucléaire pour qu'elle constitue l'antidote à tout empoisonnement des relations continentales Les débuts du 21ème siècle nous apportent quelques lumières. Qu'on le veuille ou non, sous réserve de manifestations pavloviennes qui sont la résurgence des idéologies totalitaires du 20ème siècle, l'américanisation des mode de vie des peuples du continent Ouest européen est plus qu'avancée, par la langue, les technologies, les réseaux, les innovations, la finance, etc ... Pareillement, on le voit bien, le fait religieux bouscule et angoisse le cher vieux peuple du Général. Tout cela fait que le 21ème siècle pourrait bien ressembler au 16e de la renaissance avec ses violentes querelles religieuses dans toute l'Europe, conjuguées avec l'explosion des arts et des sciences. Positivons.

Quelques mots, personnels, sur les sciences dures, plastiques et molles. Les dures reposent sur des Principes (Archimède) des Lois (Newton) des théories (la relativité).

Elles ont été rejointes par des Sciences Plastiques, parties dures, parties molles, liées aux observations pérennes des faits naturels, la Météorologie, la Démographie, la climatologie. Les sciences molles dominent chaque espace, chaque instant des sociétés du spectacle, des faux durs, des faux sincères, des vrais menteurs et des vrais cupides.

Ce sont les temps de la Lumpen Intelligensia. Je compatis avec le monde des ingénieurs.