Il est naturel qu'une similitude soit recherchée entre l'arbitre des compétitions entre sportifs et le juge des confrontations entre citoyens, bien qu'à première vue, rien ne les rapproche quand on analyse le temps de leurs opérations respectives.
L'arbitre sportif vit dans l'instant au cours duquel s'enchaînent des gestes et des opérations dont son regard cherche à comprendre le sens, l'objectif, le détail qui seraient contraires à l'esprit du sport et/ou la lettre de ses règles. Encore que la rapidité de la transmission de ce que voient ses yeux jusqu'au cerveau n'est parfois plus à la mesure des nécessités tant les choses vont vite. Au point que l'arbitre a reçu le soutien de plusieurs collègues et que les moyens visuels voir audio ont été installés sur le terrain pour aider au choix et aux décisions qu'il doit prendre.
Le juge judiciaire opère sur le temps de l'accumulation et de l'analyse des faits, beaucoup plus long, issu d'un passé qui peut aller bien au-delà de 10 ans. La décision qu'il prendra aura été aidée, comme dans le cas de l'arbitre sportif, par des proches du prétoire - le terrain du juge - les experts et les avocats qui créent et animent les débats pour la défense des parties en confrontation.
A ce stade de la réflexion il semble qu'on ne puisse rechercher la moindre similitude entre l'arbitre sportif et le juge judiciaire. Il ne faut pas s'arrêter à cette impression En effet, l'arbitre de la compétition sportive - referee en anglais - vit dans le même instant que le juge du référé - nom français des procédures d'urgence. Si l'on re tient cette similitude on observe que les opérations et décisions de l'arbitre sportif comme celle du juge judiciaire reposent, dans l'instant sur une évidence interprétée comme causant un trouble qu'il convient de faire cesser, ou sur la nécessité de bloquer une situation qui deviendrait irréversible.
Tout juge qui a jugé en procédure de référé sait que l'audience peut prendre la forme des compétitions rapides brutales qui se déroulent sur les terrains sportifs, jusqu'au coup de sifflet de l'arbitre. Certes le juge judiciaire ne dispose pas d'un sifflet, mais la frappe de son maillet arrête aussi bien les confrontations qui tournent au pugilat verbal, que le sifflet arrête la compétition qui dérape.
Pour terminer il ne faut pas oublier que les compétitions sportives sont soumises à des arbitrages qui vont se décaler dans un temps plus ou moins long lorsqu'il faut traiter les recours introduits par les parties concernées contre les décisions arbitrales. Les arbitres sportifs rejoignent ainsi les juges judiciaires dans la longueur du temps de leurs analyses préparatoires à leurs décisions.
En conclusion toute compétition soumise à un arbitrage sportif doit respecter la personne et de la décision de l'arbitre au même titre que toute confrontation judicaire doit respecter le juge judiciaire et ses décisions. Sans oublier qu'il reste toujours 24 heures pour maudire son juge comme pour maudire son arbitre.