La réforme des retraites : concilier intérêt particulier et intérêt général
Qu'il s'agisse des retraites, de l'assurance maladie ou du pouvoir d'achat, l'opinion publique se focalise souvent sur l'actualité immédiate, négligeant parfois les réformes de fond. Régis de Laroullière de demander pourquoi?

Qu’il s’agisse des retraites, de l’assurance maladie ou du pouvoir d’achat, l’opinion se polarise inévitablement sur l’actualité immédiate, beaucoup plus rarement sur les réformes de fond.

Pourquoi ? Parce que toute réforme de fond prend du temps, et que la saison de la récolte tarde à venir. Prenons le problème des régimes de retraite, et rappelons-en les arrêtes.

  • La première grande réforme, celle de 1993, sans doute la plus facile, a concerné la population la plus nombreuse, celle des salariés du secteur privé. Peut-être aussi cette population avait-elle moins de leviers d’action que les autres.
  • La réforme de 2003 a concerné également les salariés du secteur public, sans néanmoins les mettre totalement sur pied d’égalité, et au prix de quelle dépense d’énergie.
  • La réforme de 2007 concerne les régimes spéciaux. Chacun voit ses difficultés, et son coût, notamment économique en termes de perte de production et donc de pouvoir d’achat pour nos concitoyens. Au-delà des spécificités réelles des populations concernées, qui fondent les négociations en cours au niveau des entreprises, la défense des droits acquis des uns a du mal à céder devant la revendication d’équité des autres.

Chacun sait que de nouveaux ajustements seront nécessaires, dont l’inéluctable allongement à 41 ans de la durée d’activité généralement requise pour bénéficier d’une retraite à taux plein : nous vivons de plus en plus longtemps, avec une santé qui s’améliore régulièrement par rapport aux générations précédentes. Comment ne pas accepter de travailler plus longtemps, pour maintenir notre niveau de vie pendant une retraite dont la durée s’allonge ?

Mais pour y parvenir, quel traitement appliquer à cette résistance aux changements ?

Deux voies sont ouvertes :

  • les règles étant ce qu’elles sont, développer le civisme (et la pédagogie qui l’accompagne) pour rendre l’ajustement de ces règles plus acceptable ;
  • ou bien modifier plus profondément ces règles, afin de réconcilier, pour chaque catégorie de population, son intérêt propre avec l’intérêt général, plutôt que de défendre son avantage particulier en dehors de la loi commune.

Ces deux voies ne sont au demeurant pas opposées. Elles relèvent toutes deux du même concept : plus de justice par l’appel à la responsabilité.