La publicité à France Télévision : un sujet sensible
L'audiovisuel public est géré par des sociétés. Pour éviter de gérer ce sujet délicat, l'exécutif a délégué sa gestion au CSA, un régulateur indépendant, depuis plus de vingt ans. Que cherche le Président en s'engageant à nouveau dans cette situation complexe ?

Quelle mouche les a piqués ? Comme un brin d’amadou, le Landernau politique s’est enflammé depuis que notre Président a lancé son brûlot : supprimer la publicité à la télévision publique ! Convaincu, sans doute par l’un de ses conseillers, de relancer un sujet dans lequel la gauche s’était empêtrée au temps de Jospin, espérait-il semer le trouble chez ses adversaires, comme il le fit avec l’ouverture gouvernementale ? Sauf que le sujet est pourri : il fait plus de dégâts dans la majorité que dans l’opposition ! Il dénote au surplus une méconnaissance du média ! Débrouillons cet écheveau.

Une question, d’abord : l’audiovisuel public se décline en sociétés. Pour se défaire de l’empoisonnant problème qu’il pose régulièrement, l’exécutif s’est déchargé de sa gestion sur un régulateur non-gouvernemental, le CSA, depuis plus de vingt ans ; qu’espère le Président en replongeant dans cette galère ?

Second point : les diffuseurs se frottent à l’audience ; sinon, ils n’ont aucun sens : les chaînes privées ferment boutique comme « la 5 » défunte ; même si cela prend plus de temps, les chaînes publiques qui n’intéressent personne rendront des comptes un jour après avoir épuisé les ressources que leur accorde le pays! Si l’on supprimait, avec la publicité, le seul indicateur qui force la TV publique à se soucier vraiment du public, le risque est grand d’y voir des programmes qui plaisent surtout à ceux qui les font ! Que gagnerait l’exécutif à cela?

Troisième point: le marché télévisuel comprend deux segments significatifs : la TV « gratuite » qui tire ses ressources de la publicité, vend à ses annonceurs l’accès à son audience ; quant à la TV « payante », c’est celui qui la regarde qui en paye le prix. Du premier segment, la télévision publique tire la moitié de ses ressources, complétées par un impôt prélevé sur tous les téléviseurs (la redevance). C’est déjà une bizarrerie sur un marché concurrentiel ; qu’en serait-il si la ressource provenait exclusivement de l’impôt ? Cela reconstituerait une économie mixte que notre Président a condamnée dès le début de sa carrière politique ! Aurait-il changé à ce point ?

Quatrième point, non le moindre : cette TV « gratuite » arrive à saturation. Depuis 2005, le temps passé devant le petit écran, diminue ! Ce déclin se conjugue avec les programmes multiples que permet la télévision numérique dont le déploiement sera terminé en 2010! Conséquence : les ressources saturent aussi ; l’entreprise télévisuelle, publique ou privée, doit soit se restreindre, soit se redéployer vers la « convergence » : Internet et la TV numérique ! Ces nouveaux médias attirent des entreprises fortement capitalisées (comme les compagnies du téléphone) et d’ampleur internationale (comme UFA, Murdoch ou Lagardère). La télévision publique, issue d’un monopole d’Etat, n’a jamais su sortir des frontières ni adapter ses moyens au marché ; au contraire, elle demande toujours plus : à l’Etat (qui ne peut plus payer mais l’autorise à élargir son domaine !) et au marché publicitaire qui lui a permis d’investir chaque mode de diffusion (TVNT, télévision internationale, bouquets satellites, câble, internet, ADSL etc.). Supprimer la publicité forcerait la TV publique à choisir pour éviter le risque du proverbe : « qui trop embrasse mal étreint » !

Est-ce ce que veut le Président ? Je ne le crois pas : il faudrait à la fois amaigrir les chaînes publiques de quelques centaines de millions d’euros (horresco referens !) et augmenter soit la redevance (prélèvement obligatoire supplémentaire !), soit la dotation budgétaire (en prenant les sous à qui ?). Equation politiquement impossible, comme l’annonce le report à l’automne (et ensuite à plus tard ?) de l’échéance fixée à la commission Copé !

Donc, cela ne se fera pas ! Réduire la publicité alors, à titre d’affichage ? Il faudrait aussi payer, mais moins : 200 ou 300 M€ contre plus de 800 M€ dans le cas précédent ! Et l’on ferait peut être des heureux car une partie des budgets publicitaires investis jusqu’à présent dans la télévision publique se reporterait (temporairement ?) sur les chaînes privées : les grands méchants loups TF1 et M6; et les petits poucets qui montent en puissance avec la TVNT : Direct8, W9, TMC, NT1, NRJ12, RTL9 etc. Etait-ce le but de la manoeuvre ?