La Personne et son Image : Servitudes Réelles, Libertés Virtuelles
Michel Rouger se penche sur le démembrement entre la personne, sujet de droit, et son image, personnage virtuel préservé des servitudes sociales et juridiques. L'un assume les charges, l'autre a la jouissance. L'image étant devenue un patrimoine, on y retrouve le nu-propriétaire et l'usufruitier.

Question posée à l' assemblée générale de Presaje : « Comment expliquez-vous que les contraintes qui pèsent sur les personnes, physiques ou morales, par l'accumulation des règles et des lois, et la multiplication de ceux qui les font appliquer, n'entraînent pas de révolte ? »

Une courte réponse a été avancée. Les personnes ainsi accablées l'oublient en vivant avec leur image : ce que font les entreprises avec la « com », ce que peut faire tout citoyen avec son blog, où il est difficile de distinguer le virtuel du réel.

On assiste à un démembrement entre la personne, sujet de droit, et son image, personnage virtuel préservé des servitudes sociales et juridiques. L'un assume les charges, l'autre a la jouissance. L'image étant devenue un patrimoine, on y retrouve le nu-propriétaire et l'usufruitier.

Pour les stars, les leaders, tantôt le juge protège l'image pour sauvegarder la personne, tantôt il brutalise la personne quand le niveau d'adoration publique de l'image fait pression sur lui. Dans l'économie, c'est le droit qui se méfie de l'image en multipliant les normes de transparence, de gouvernance, de dénonciation, de conformité, pour empêcher que la virtualité et l'influence de l'image viennent masquer la réalité des actes.

Dans la politique, de plus en plus dominée par l'image, le démembrement évoqué ci-dessus a atteint des sommets au mois de mai lorsque la perdante a diffusé une image de gagnante, contre toute réalité, afin de coller sur la personne du gagnant une image de perdant.

Enfin, le juge pénal qui ne dispose que de peu de moyens de faire condamner la personne, jugée des années plus tard, choisit fréquemment la destruction immédiate de son image par des affirmations de culpabilité qui se révéleront bien plus tard sans objet ni fondement.

C'est ainsi. Pour vivre heureux, doit-on vivre caché ? La place est déjà prise par les malheureux qui cachent leur misère. Sauf quand les stars en quête d'image les transforment en figurants dans les scénarios écrits pour valoriser leur « petite personne » dans les plans médias.