La Nécessité Fait Loi
Michel Rouger analyse l'impact de la crise financière sur les États-nations, la montée du marché non réglementé et les conflits potentiels entre les normes mondiales et les droits nationaux.

La crise du capitalisme financier globalisé, les risques que courent les sociétés économiquement développées, l'urgence des solutions, donnent à cette nécessité valeur de loi. Celle d'apaiser les angoisses sociales sera primordiale pour que soient retrouvés la confiance et le crédit perdus. Au moment où les pays émergents, qui ont adopté les pratiques du capitalisme global concurrentiel, font vivre le monde entier sous l'empire d'une autre nécessité, trouver les matières premières pour faire fonctionner leur développement.

Face à cette double nécessité les remparts élevés par les lois nationales s'effondrent les uns après les autres. Comme les principes sur lesquels tout le monde s'assoie. Le principe de l'État minimum, tenu à l'écart du marché, subit chaque jour les outrages de la nécessité, sans que personne n'ait la moindre idée des conséquences de ce revirement brutal.

Pire, le marché classique, limité à l'économie structurée, en a quitté le domaine connu, pour créer une société de marché dans laquelle tout le monde vend et achète a tout le monde, le licite comme l'illicite, grâce à la fée numérique et à ses baguettes magiques. Comment va évoluer ce marché, explosif, qui prospère hors des lois nationales, et qui repose sur une totale fluidité des circuits financiers mondiaux dorénavant gravement affectés par les convulsions de la crise et la perte du crédit ?

La première réponse, immédiate, est déjà connue. Les états nationaux, qui voient se tendre tant de mains nécessiteuses, en profitent pour retrouver leur autorité, leur utilité, et leur vigueur, face à cette mondialisation qui les a trop nargués. Avec le risque de voir revenir, au cours de la nécessaire remise en ordre, les régulateurs bureaucratiques, leurs petites obsessions et leur grande inefficacité La seconde réponse, à plus long terme, cherchera à provoquer le rejet des standards de vie diffusés par la sphère mondialisée, et adoptés, après avoir bousculé les normes culturelles et légales nationales. L'idée des taxes pique nique et couches culottes, qui ont le goût de l'impôt sur les fenêtres, jadis, appartiennent à cette réponse bureaucratique obsessionnelle.

La liberté du commerce et des échanges, celles de la circulation des idées et des individus, la primauté des institutions intergouvernementales, le droit d'ingérence des ONG, la pratique de méthodes de gouvernance, de transparence, de conformité et de rendu de compte, entreront de plus en plus en conflit avec les droits nationaux.

Ces conflits pousseront l'individu, ouvert sur le monde par les outils numériques à sa disposition, vers les normes dans lesquelles il se reconnaîtra, idéologiques, religieuses, sociétales. Les choix offerts auront, à terme des impacts majeurs sur les structures politiques nationales, qu'elle qu'en soient leurs formes et le degré de leurs pratiques démocratiques.

Défricher les voies qui seront empruntées, au cours de ces multiples conflits, est une obligation si l'on veut redonner à la Loi et à la Justice leurs rôles protecteurs, face aux contraintes voire aux oppressions de la Nécessité. Ce travail sera passionnant pour les équipes de PRESAJE qui s'y consacrent dans leurs recherches en cours.