Voilà un sujet a priori simple : en quelque domaine qu'elles se manifestent, les discriminations ne sont pas tolérables. Ce point n'est contesté par personne. Pourtant, le sujet comporte une charge polémique. Cela s'apprécie sous un angle judiciaire où le contentieux de la discrimination est en progression régulière. Cela se vérifie également sous un angle politique : qu'on se souvienne à cet égard des différends suscités par le concept de « discrimination positive ».
Sous ce dernier angle, les discussions sont en voie d'apaisement. L'idée d'introduire des quotas dans l'accès à certaines formations ou fonctions n'est plus vraiment d'actualité. C'est désormais le thème de l'égalité des chances qui de nouveau s'impose comme référence dominante dans la lutte contre les discriminations.
En revanche, en justice, les débats restent vifs. Sans doute est-ce parce que les discriminations sont encore trop nombreuses. Et, encore une fois, il faut en la matière se garder de toute complaisance. Mais il faut aussi, sur un sujet aussi sensible, que les débats restent de qualité. Pour éviter qu'ils ne dérapent, deux écueils sont à éviter.
- Le premier d'entre eux peut être désigné comme l'écueil du tabou. Celui-ci consiste à sacraliser le sujet au point d'interdire toute discussion. Dites alors le mot, et vous obtiendrez toutes choses. A procéder de la sorte, on interdit les différences, y compris les plus légitimes. La lutte contre les discriminations devient alors le faux nez d'un égalitarisme mal compris. Or, faut-il le rappeler, si celle-ci participe de notre pacte républicain, il en va de même de la récompense des mérites et des talents.
- Le second écueil est la suite logique du premier. Il consiste dans l'instrumentalisation du thème. Exploitant la charge symbolique qui s'attache au mot, d'aucuns l'utilisent pour renforcer la dénonciation de distinctions certes illégitimes, mais qui, cependant, ne tombent pas nécessairement sous la qualification de discrimination. C'est, par exemple, ce que fait l'article L. 122-45 du Code du travail (le texte clef en la matière) lorsqu'il interdit de la même manière les mesures discriminatoires fondées sur l'origine et celles liées à l'âge. Autant les premières doivent être sanctionnées sans nuance dès lors qu'il en va du respect de la dignité de la personne ; autant les secondes sont plus problématiques, on ne demande pas la même chose à un travailleur manuel de 60 ans et à son collègue de 30 ans et renvoient en fait à d'autres sujets comme, par exemple, celui du travail des seniors. A trop jouer avec les mots, les vraies discriminations se trouvent ainsi banalisées tandis que les « fausses », pour être mal qualifiées, font l'objet d'un traitement inadapté.
Finalement, Portalis le disait fort bien, les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires. Ce principe de bonne législation vaut quel que soit le sujet abordé. C'est en quelque sorte une manière de le respecter.