La France Mutante
La société française est dans une phase de transition engagée au début XXIe siècle et que Michel Rouger voit sur poursuivre jusque dans les années 2020. Il anticipe des changements profonds liés aux bouleversements technologiques et géopolitiques, ainsi que l'évolution de l'identité française, passant d'une vision historique à une dimension géographique.

La société française vit une période de transition entre la mutation engagée avec le début du XXIe siècle et son accomplissement dans les années 2020. Eblouie par les bulles de la décennie passée, affolée par les ruptures de solidarité de la décennie en cours, elle cherche à comprendre. Pour l'y aider il faut, à raison de sa spécificité, séparer sa manière de vivre de sa manière d'être.

La manière de vivre est en train de subir les mutations nées des bouleversements technologiques et géopolitiques récents. Ces derniers ont entrainé des mutations comportementales multiformes qui sont loin de leur achèvement. Les investigateurs des temps prochains, les Amis de PRESAJE, donneront leurs conclusions pédagogiques début 2011 dans les cahiers PREMICES, et déjà dans nos Lettres.

Au sein de la société française, la manière d'être de la France, dont les penseurs et les historiens du XIXe siècle ont dit qu'elle était une personne, joue un rôle essentiel dans la vie des Français. Or, cet être est, lui-même, en pleine transition entre deux mutations.

La France a vécu une transition d'une quarantaine d'années entre deux phases distinctes : la mutation, en 1962, de son être républicain, le 4ème vers le 5ème, sous forme de monarchie relative associée à un Etat absolu, à base historique, et ensuite la mutation du début des années 2000, de nature géographique. Nous sommes face à cette seconde mutation qui aura des conséquences considérables : la géographie remplace l'histoire.

Comment et pourquoi ? Parce que la France, après s'être retirée de l'histoire du monde entre 1940 et 1955 y a été ramenée, miraculeusement, en deux temps, par le même homme providentiel. D'abord en la remettant dans le camp des vainqueurs de 1945, ensuite dans celui des bâtisseurs d'avenir, pour elle-même et pour l'Europe, en 1958. C'est l'origine de la précédente transition dans laquelle la France a conservé le rôle et l'indépendance propres à la vision historique du gaullisme.

Avec l'entrée dans la monnaie européenne, le retour dans l'Otan, l'intégration dans l'Union élargie à 27 pays, la mutation devient de nature géographique. La personne France, chère à Michelet, a filialisé son histoire dans le groupe européen. Son être, le 5ème bis, essaie de se transformer, de s'adapter sous l'effet des contraintes de cette filialisation européenne sur sa monarchie de plus en plus relative et son Etat de moins enmoins absolu.

Comme si l'Etat, plus confiant, moins introverti, devenait plus ouvert aux réformes imprégnées de l'esprit de liberté, sans les convulsions de la violence ! Espérons.