Keynes avait oublié l'entrepreneur
En 1929, la population mondiale était de moins de 2 milliards d'habitants. La crise de 2008 frappe une planète de 6,5 milliards de personnes explique Michel Drancourt. Et jamais une sortie de crise n'a autant dépendu d'une concertation internationale.

La comparaison entre 1929 et 2008.

Quelques points communs, notamment le désordre du crédit, déjà, aux Etats-Unis. En 1929, on empruntait pour spéculer. Avant 2008, on prêtait à des insolvables et, en plus, on « titrisait » les titres d'emprunts avec l'espoir de diluer les risques. En 2008, plus de 6,5 milliards de personnes sur terre, au lieu de moins de 2 milliards en 1929. En 2008, une nouvelle économie très « tertiarisée », donc beaucoup moins « mesurable ». - En 2008, beaucoup plus d'échanges mondiaux et solidarité de fait des économies majeures. - En 1929, le « non dialogue » entre les pays occidentaux et entre Européens (les autres comptent peu) finira par conduire à la guerre. En 2008, des tentations protectionnistes existent encore, mais les gouvernants, ou à tout le moins certains d'entre eux, savent les dégâts qu'elles peuvent entraîner.

Ce qui caractérise la crise de 2008.

C'est une crise de confiance dans le système. Or la confiance est la base du capitalisme efficace. Trop de prêteurs et de « court-termistes » l'ont oublié. Le doute sur le système peut affecter les parcours personnels.

Le choc de 1973.

Il a été le rappel brutal d'un autre risque, celui de l'énergie chère, alors que la prospérité était liée à l'énergie bon marché, celle-ci est revenue dans les années 80 en jetant un rideau de fumée provisoire sur la vulnérabilité d'une société « à l'américaine ».

L'impact sur la vie personnelle.

Quand les valeurs boursières dégringolent, il vaut mieux ne pas avoir « à vendre ».

L'attitude des médias.

Ils sont trop souvent amplificateurs d'informations fondées ou non et de peurs. Rien n'est pire que les annonces « dramatiques » des journaux télévisés qui ne sont pas suivies par des explications accessibles au plus grand nombre.

La combinaison multimédia.

La presse spécialisée en général a assez bien informé. La presse grand public le fait parfois. Il y a de bonnes chroniques à la radio, mais il faut les suivre. Internet c'est un fourre-tout où cohabitent le bon et le mauvais (on évoque ici les médias français mais aussi anglosaxons et germaniques). En réalité, en France notamment, la formation économique est très partielle et parfois très partiale.

L'empirisme de Nicolas Sarkozy.

Le président a le sens de l'instant. A-t-il celui de l'horizon ?

Les Français et le libéralisme.

Beaucoup de Français ont acheté et peut-être lu « l'horreur économique » tout en cherchant le « toujours plus », autrement dit cette même horreur. Comme ils veulent des boucs émissaires le marché est tout trouvé.

Le rôle de l'Etat.

Le partage des territoires entre l'Etat et le marché ? En France ou dans le monde ? Tant que la crise est grave, on souhaite l'action de l'Etat, pour la redistribution (mais avec quel argent ? ), et pour les investissements (mais avec quel argent ?). Le partage du territoire entre Etat et marché dépend beaucoup de données économiques et financières. Quand les revenus s'affaissent et que l'emploi est fragile, on compte sur l'Etat. Quand l'activité bat son plein, on est moins « étatiste ». A cela s'ajoute en France la tradition colbertiste et anarcho-socialisante.

Pour sortir de la crise.

La résolution de la crise passe obligatoirement par des accords internationaux. Sinon on restera longtemps en crise.

L'Etat sauveteur ou régulateur.

Le pompier éteint l'incendie et prodigue les premiers secours aux blessés. Après, il essaye de limiter les risques de nouveaux incendies.

Les incantations en faveur de l'Etat actionnaire.

Elles sont le signe d'une erreur, celle de croire que l'Etat peut éviter ou limiter les effets des crises alors qu'il a seulement celui d'en réparer un peu les conséquences. Elles sont aussi, en France, la revanche des étato-protectionnistes qui ont peur du grand large ou même d'un peu mieux d'Europe.

Les mots-clé de la crise.

La « confiance », c'est le fondement du capitalisme libéral. La « valeur » est un terme imprécis utilisé pour ne plus dire bénéfice ou profit.

L'icône Keynes.

Il est l'économiste qui donne à l'Etat un rôle d'acteur et pas seulement d'arbitre. Le keynesianisme se caractérise essentiellement par des analyses sur l'emploi et l'activité économique, la monnaie, les taux d'intérêt, le rôle des prévisions, la politique économique, sujets qui sont d'une permanente actualité mais qu'il faut situer dans un contexte en forte évolution. Keynes néglige le rôle des entrepreneurs en tant qu'acteurs essentiels, et celui des évolutions techniques majeures. Il oublie que pour qu'il y ait emploi, il faut aussi des employeurs. Son apport cependant est important même aujourd'hui, à condition de ne pas en faire un remède miraculeux, et de tenir compte enfin de réalités considérables comme celles de l'environnement et de leur coût réel, comme l'a recommandé dès 1920 Arthur Pigou qui était loin d'être keynésien.

Le réel et le virtuel.

La notion d'économie immatérielle est floue. Est-ce que qu'IBM est une entreprise immatérielle ? Par ailleurs, à trop parler du virtuel, on oublie que le virtuel a un coût, mais aussi des utilités. Sans doute faut-il renforcer les méthodes comptables pour mieux « l'intégrer ».

Rendre des comptes.

Le faire avec les instruments dont on dispose mais viser plus la durée que l'instantanéité. A trop chercher des profits à court terme, on investit peu ou mal. Donc on prépare les crises de demain.

L'acte 2 de la crise.

Viser des avancées mondiales. Mais être conscient du fait que pour déboucher au niveau mondial, les politiques sont longues à mettre en œuvre. Miser sur les « ensembles », l'Europe de l'euro, l'Asean, les Etats-Unis, par exemple, et tenter ensuite des actions plus larges. Introduire dans ces actions des opérations majeures au regard du développement durable, par exemple relatives à la mer, à l'épuration des eaux, aux déchets, à l'agriculture, aux villes et bidonvilles tentaculaires. Par ailleurs, chaque « grande région » a des chantiers prioritaires, par exemple la production d'énergies non fossiles.