Issu des archives de Michel Rouger, cet article est la transcription d'une intervention dans événement qui n'a pu être déterminé
Sans le savoir Alain a commis l'erreur qui me permet d'introduire le propos que j'avais un peu préparé !
Il a dit, PrésaJe "recherches et études sociales", je m'inscris en faux : c'est études sociétales, et tout mon propos, comme dirait le Président BON, la synthèse banale, que je vais vous proposer, porte justement sur l'opposition entre le social, le fait social, qui écrase la société française, qui l'obsède, au point de la rendre aveugle pour lui permettre de voir l'évolution sociétale.
Alors, avant de préparer cette brève improvisation, j'ai fait un détour par le Littré de Juin 1877, et à « social », il n'y a pas grand-chose : « qui concerne les rapports de l'individu avec la société ».
J'ai regardé le Larousse Universel de 1950, alors c'est un petit peu plus fourni sur le thème des questions sociales, des sciences sociale, mais cela ne va pas très loin non plus.
Il faut attendre le Larousse de 2000, pour que l'on soit un petit peu plus disert sur le social et qu'on voit apparaître le mot « sociétal ».
Et pourtant ces deux mots recouvrent à la fois des considérations et des actions tout à fait différentes.
Alors je ne réduirai pas mon propos sur le social à toutes les idéologies que le concept a inspirées, et qui ont fait l'essentiel des catastrophes humanitaires et des drames du XXe siècle.
Je viendrai simplement sur ce que je ressens et que j'ai ressenti avant d'avoir créé PrésaJe, du fait social, tel qu'il est aujourd'hui dominant en France, y compris dans l'esprit d'Alain qui a prononcé le mot parce qu'on ne peut plus rien dire sans parler de social.
Alors, le fait social, il a un objectif extrêmement précis, il s'agit, surtout dans la forme compassionnelle de notre société, de donner à chacun ce qui correspond à ses besoins, en obtenant de lui ce qui correspond à ses moyens, c'est comme cela que notre Pays est le Pays dont la durée du travail est la plus courte et les prélèvements sociaux les plus élevés : l'objectif est atteint !
Quels sont les moyens ? Les moyens sont intellectuels, psychologiques et organisationnels. Il est indispensable, pour entretenir ce type de fait social, et les objectifs qu'il a, que l'inconscient collectif de la société française considère que le pouvoir, la réussite et l'argent sont par nature illégitimes, puisque reposant sur la corruption, l'aliénation ou l'abus, et il faut dire que ce dont nous avons entendu parler dans le genre quand nous avions 20 ans, a très largement traversé la société depuis.
Les moyens organisationnels sont assez clairs, assez simples, le pouvoir étant illégitime, il faut en permanence l'affronter par le biais des luttes sociales, de la mobilisation, dans le but de le faire reculer et cela n'est pas ce qui se passe actuellement qui prouverait le contraire de ce que je viens de dire, donc c'est une constante, il faut faire reculer le pouvoir.
Deuxièmement, il faut que l'administration soit elle-même asservie au fait social, c'est-à-dire son objectif est de produire sans arrêt, dans la fonction publique, dans les services publics, essentiellement par le moyen des grèves ou de la menace des grèves, une perpétuation de ce fait social qui nie toutes réalité économique ; Vous, le savez très bien, vous appartenez à une génération que nous avons connu pour reconstruire la France, quelles étaient les obligations, on ne mettait pas d'abord nos besoins en avant, on mettait les besoins de la collectivité à reconstruire et on ne mettait pas de moyens en les chipotant, on a fait ce qu'il fallait pour travailler pour que la France se reconstruise.
Or, l'ensemble du système public, qui cherche toujours à étendre le domaine qui appartient à l'administration, y compris par le biais de l'économie administrée, ce système est là pour perpétuer et pour démontrer qu'il n'y a pas d'autre légitimité qu'une stricte application du fait social comme je l'ai décrit.
Et le troisième moyen, qui sur le long terme permet de développer le fait social, c'est la formation, l'enseignement, qui repose sur une transmission idéologique du fait social aux générations qui sont formées, avec un relais dans l'information, c'est-à-dire dans les médias modernes, qui est assez soutenu.
La France vit comme cela et je ne suis pas certain qu'elle changera demain matin, encore que pour que ce système prospère, il faut qu'il profite d'une osmose complète entre la Nation, l'Etat et l'Administration Ce fut vrai jusqu'au milieu des années 80, à partir de quoi, le triptyque Nation, Etat, Administration s'est dissocié.
La Nation s'est communautarisée de l'intérieur du fait des flux migratoires et elle s'est communautarisée de l'extérieur dès l'instant où en 1983 le pouvoir de l'époque, qui est le seul pouvoir de droite que nous ayons connus au XXe siècle, a rejoint le fameux SME de l'époque et a permis de donner au fait économique un poids face au fait social qu'il n'avait pas.
Les deux phénomènes de communautarisation de la France sont à l'œuvre, encore que, deux tentatives récentes de le faire régresser, c'est l'Europe, que nous avons rejetée, et probablement définitivement, le mois de Mai, j'ai eu l'occasion d'un déjeuner privé avec Bolkestein l'autre jour, c'était assez drôle sur ce plan-là, j'ai la conviction profonde que l'Europe perdurera comme marché, peut-être sans les Français, mais politiquement elle est définitivement morte et on voit la résurgence du concept du patriotisme économique, qui est sans doute profondément respectable, mais dont le refus d'apprécier les conséquences réelles pour la société française ne permet absolument pas de savoir qu'elle sera sa validité, même sur le moyen terme.
Donc, l'Etat. Une fois que la Nation est dans l'état où elle est, son Etat, on le sait, je ne m'étends pas, il est démembré, ruiné et affaibli. Il y a des dizaines et des dizaines d'ouvrages qui le démontrent.
Quand à l'Administration, qui est affaiblie elle-même, par l'affaiblissement de l'Etat, elle est devenue le champ clos de luttes politiques qui l'éloignent de sa mission d'impartialité qui fut celle de l'administration telle que les gens de notre génération l'ont connue du temps de ces grands patrons des années 60.
Donc au fur et à mesure que le support Nation-Etat-Administration se sépare des objectifs du fait social que reste-t-il pour qu'il survive ?
Il ne reste plus que la rébellion.
C'est-à-dire trois type de rébellion la rébellion idéologique dans l'enseignement, qui repose à la fois sur la manifestation, sur la grève et sur la manipulation des jeunes ; la rébellion corporatiste dans la fonction publique et les services publics et, malheureusement, la rébellion de désespérance, chez plusieurs centaines de milliers de jeunes qui ne pourront jamais intégrer l'économie parce qu'ils n'en n'ont pas acquis l'aptitude et qui ne pourront pas non plus intégrer l'administration qui ne peut pas les supporter.
Donc il est probable que nous allons nous installer, pendant un certain temps, jusqu'où, moi je ne le sais pas, dans une espèce de rébellion permanente, sous différentes formes. Alors les essayistes modernes vous disent, comme Jacques Marseille, qui est d'ailleurs au Comité d'Orientation de PrésaJe, « Vive la guerre civile, elle sera utile, grosso modo.
A l'opposé, un essai récent vient de sortir d'un ami, Michel Guénaire, qui est un Avocat philosophe, et il met en avant le génie français, en disant bon la France s'en est toujours sortie, elle en sortira aussi, et après tout, elle a une réelle capacité et donc comme disait Branguelotte, tout va bien.
Et puis au milieu, il y a un garçon comme Minc, qui annonce le crépuscule des dieux, c'est-à-dire que cette situation entraînera la disparition des élites qui sont au pouvoir depuis une trentaine d'années ; je n'en sais rien.
C'est ce qui m'a conduit à travailler avec les amis que j'ai convaincus dans PrésaJe, pour aller vers une analyse sociétale, non pas pour mépriser le fait social, mais pour dire attention la France, si obsédée qu'elle soit par son fait social, elle a une évolution sociétale indiscutable. Elle a intégrée, d'une manière plutôt rapide, les phénomènes de globalisation et aujourd'hui, comment fonctionne-t-elle ?
Elle fonctionne sur la base de trois sphères, qui en fait supporte la base de la société, qui souffre un peu de la difficulté liée au fait social, des grèves, des manifestations, mais à la limite sans grands effets.
La première sphère, la principale, elle de se signaler par un chiffre spectaculaire, dont on ne pouvait pas imaginer il y a dix ans, qu'il puisse exister, c'est les 84 milliards d'euros de bénéfices des sociétés du CAC 40.
Cela représente un petit tiers du budget de la France, bénéfice en une seule année, personne n'ose dire quel est le taux d'impôt qui reste à l'intérieur du pays sur cette masse, mais ce qui est certain, c'est que cette sphère de production globalisée de produits industriels de biens durables, de grands services mondiaux, financiers ou d'informations, cette sphère est totalement dénationalisée aujourd'hui, elle appartient à 55 % à des capitaux non français, elle fait l'essentiel de son chiffre d'affaires à l'étranger et elle n'a plus rien à voir avec l'Etat, même si elle cherche à profiter dans ses relations, de ce que peut lui apporter l'Etat.
La deuxième sphère, qui est tout aussi indépendante et aussi autonome, à laquelle on ne porte pas assez attention, c'est celle qui concerne l'intermédiation au sens large du terme ; Et vous trouvez dans cette sphère, qui est extrêmement dynamique, et qui est maintenant très mélangée, très mixe, mixée entre le monde européen et le monde anglo-saxon, vous y trouvez les banques d'affaires, les grands cabinets d'avocats, toutes les grandes boîtes d'audit, toutes les fines tank, toutes les boîtes à idées, tout un tas d'organisation professionnelles pour les actionnaires, pour les anti, pour le développement du lobbying à Bruxelles ou ailleurs ; vous avez probablement de l'ordre de près d'un million de gens, qui travaillent dans cette sphère, qui elle aussi est totalement dénationalisée et totalement désétatisée et qui présente un intérêt particulier, c'est elle qui accueille le pantouflage des gens du secteur et du service public, ce qui ne fait qu'aggraver un peu plus la situation de fragilité de cette partie du secteur public/service public, sur lequel règne le fait social.
Et puis, enfin, la base même de la pérennité du système, l'enseignement, l'université, l'Education Nationale, pardon Mr. Le Professeur, mais une part de l'université au moins, subit de plein fouet, une transformation de l'acquisition du savoir. Un homme que vous connaissez peut-être, Dominique Régnier, avec lequel nous avons déjeuné il n'y a pas longtemps, est professeur à Sciences Po. dit : « eh bien mes élèves, ne lisent plus, ce que je leur donne ne les intéresse plus, ils ont tellement d'autres moyens d'acquérir le savoir que d'écouter mes cours ou de les lire, que de toute façon, la grande fonction idéologique de l'Education Nationale et de l'enseignement va s'affaiblir elle-même par d'autres moyens. D'ailleurs il est très intéressant de savoir que le garçon qui mène actuellement la lutte contre le blocage des facultés est un canadien, plus ou moins d'origine indienne, qui a voulu étudier en France et qui en profite pour animer la révolte contre le blocage.
Ce qui prouve qu'il ne suffit pas d'avoir des étudiants français plus ou moins endoctrinés dans un sens ou dans un autre par notre culture française, nous recevons une transmission de savoir qui est très intéressante ; je travaille, enfin j'ai la Présidence du Conseil de Surveillance d'une petite boîte très originale, qui rassemble des ingénieurs spécialisés dans le transfert du savoir, dans les industries de l'armement et de l'aérospatiale ; je fais une petite parenthèse car Jacques Bon vient de me dire que notre Président, Chirac, avait quitté une réunion, lorsque Antoine Seillières avait dit « la langue de l'entreprise c'est l'Anglais, donc je parle Anglais », c'est de la provocation inutile parce que je peux vous dire que dans la société dans laquelle je vis les conseils de surveillances réguliers, on parle une espèce d'anglo-français, il y a deux tiers d'Anglais, un tiers de Français, car il y a des mots qui sémantiquement intelligents dans la langue Française, mais le savoir qui est transmis dans nos principales équipes d'ingénieurs, est un savoir qui hérite de logiciels américains ou indiens et qui collecte des informations qui proviennent dans les grands groupes, par exemple Dassault Systèmes, Dassault Systèmes fait 70 % de sa prestation à l'étranger, et d'ailleurs nous avons récupéré un des anciens patrons, Francis Bernard, donc si vous voulez, l'éducation elle-même ne pourra pas continuer à entretenir le fait social classique à la Française, parce que la transmission du savoir ne se fera plus par là.
Alors il est vrai que cette situation est à la base, sont les fondements du malaise social que nous vivons, parce que nous n'arrivons pas à faire comprendre aux gens qu'il faut avoir une autre vision sociétale de notre Pays, mais c'est assez difficile, car notre système est assez autiste ; à PrésaJe, nous nous sommes engagés dans cette voie, alors cela n'est pas évident, parce qu'en général c'est peu compris, sauf des jeunes, nous avons réunis nos auteurs d'ouvrages collectifs avant-hier soir, avec des perspectives assez originales, et c'est intéressant. Mais, ce qu'on essaye de faire comprendre c'est que les grands sujets de la vie Française, se déroulent complètement en dehors du fait social qui obsède la société.
Nous allons sortir au mois de Novembre, un ouvrage sur le sportif d'élite. Les sportifs d'élite, vous avez vu les prix auxquels ils sont payés ; par exemple, on admet que 500 sportifs d'élite d'origine Française, touchent à peu près 500 millions d'euros par ans, ce qui est quand même le bénéfice d'une belle société du CAC 40, mais personne ne s'en émeut.
Le sportif d'élite il est admis un peu comme icône alors que tout le monde sait que c'est là où règne le maximum de corruption, d'abus et d'aliénation, mais la France refuse de le voir, mais de toute façon cela va arriver, cela commence à craquer en Belgique, cela craque en Allemagne, et notre thèse, à nous, qui n'est pas une thèse d'université, c'est une réflexion est de dire attention au fur et à mesure que les phénomènes corruption, abus, aliénation vont se développer dans tous les sports d'élite, les grands financiers mondiaux mettront la main dessus et vous aurez des fonds de Hong Kong ou d'ailleurs, qui détiendront des écuries, des équipes et qui tiendront la dragée haute au business télé, qui porte sur le sport business ; Cela représente des sommes phénoménales en termes de publicité, en termes de marque, c'est inévitable.
Alors est-ce qu'on continue nous à vivre sur un modèle Français qui est très étatisé, mais qui va l'être de moins en moins ; Entre-nous c'est l'étatisation de notre modèle qui fait que la plupart de nos grands sportifs nous quittent, mais cela ne résistera pas non plus, pas plus d'ailleurs que ne résistera notre espèce d'obsession du dopage, alors qu'on sait que le dopage sera institutionnalisé dans le monde entier à partir des jeux de Pékin de 2008, on le sait, tous les gens qui réfléchissent un peu, vous le disent.
A partir de quoi, nous faisons des réflexions, nous allons en sortir une sur l'alimentaire. L'alimentaire, la gastronomie, c'était vraiment la marque de la France, c'est en train de devenir complètement faux, le premier plus grand restaurant Français est sixième dans le monde.
Toute la chaîne agroalimentaire fonctionne sur la base de systèmes, non pas de production, mais de systèmes de distribution qui sont commandés totalement en dehors des chaînes classiques à la Française. J'aurais peut-être l'occasion d'en reparler plus tard, compte tenu d'une évolution que je suis en train éventuellement de connaître, mais je vous assure que ce que nous allons sortir sur l'alimentation prouve que nous sommes totalement décalés parce que la vie même de la société Française s'y est habituée, José Bové a eu beau hurler, tempêter, casser, il n'y a jamais eu autant de Mac'Do en France, par contre les deux Papes qui dans le monde conduisent la gastronomie, c'est Féran Adria qui est Catalan et l'autre qui a un nom qui est un peu comme Huntington, qui d'ailleurs est dans notre bouquin, et qui est à Londres lui, donc il y a de notre part, un tel refus de voir l'évolution de la société, que nous avons entrepris à PrésaJe, d'intéresser des jeunes, en espérant que parce que se sont des diplômés, parce qu'ils sont transversaux, juristes entreprises ou avocats universitaires, qu'ils arriveront dans notre très très modeste microcosme, à faire passer des messages, pour qu'on essaye un peu de remettre la tête de la France où elle n'est pas aujourd'hui, parce qu'actuellement, elle est comme l'autruche dans le sable. Alors, je voulais respecter la vingtaine de minutes, pour ouvrir le débat. J'ai choisi d'aborder ce sujet parce qu'après tout vous êtes d'une génération qui est capable de comprendre, vous avez des enfants ou des petits enfants qui sont affectés par cette espèce d'obsession du fait social, qui ne se rendent pas compte qu'il faut substituer une vision sociétale à une vision sociale dont nous avons hérité depuis à peu près soixante ans, peut-être un peu plus, donc c'est ce que nous voulons faire et c'est pour cela que nous trouvons dans le CAC 40 des gens qui nous encouragent et qui nous aident et aussi dans quelques grands cabinets d'avocats.
Voilà je vous remercie et évidemment tout est possible en question évidemment.
Bravo