In Memoriam : Xavier de Roux
Michel Rouger rend hommage à Xavier de Roux, brillant avocat et homme politique, décédé le 4 juin 2015. Il revient sur sa carrière, ses contributions au droit et à la société, et sur son engagement dans la promotion des relations entre la justice et la société.

Xavier de ROUX, ami fidèle pendant plus de 20 ans, qui fut au cours de l'automne 2014 créateur des bases thématiques du colloque dont vous allez lire les actes, est décédé le 4 juin dernier. Homme d'action, il a consacré sa vie à faire vivre notre droit positif, la doctrine, la loi et à la jurisprudence.

Brillant avocat, secrétaire de la Conférence du stage du barreau de Paris, il s'est fait connaître et apprécier par les premiers travaux de sa carrière en construisant une partie de la doctrine sur le commerce international et le droit de la concurrence. Au cabinet Gide, dont il fut un temps le manager, il accompagna la mutation du cabinet vers une firme d'avocats de haut niveau, générateurs de doctrines juridiques.

Parlementaire, vice-président de la commission des lois de l'Assemblée nationale, il s'est aussi fait connaître et apprécier par sa contribution à une production législative de qualité, préservée du foisonnement réglementaire et technocratique qui, depuis des décennies, a fait dépérir notre droit. Je peux en témoigner en évoquant notre collaboration au cours des années 90 lorsqu'il a fallu corriger, par la loi sur les défaillances d'entreprises, les conséquences de la crise bancaire et immobilière qui a failli emporter nos banques et nos assurances, crise que le tribunal de commerce de Paris que je présidais alors a eu à gérer.

Avocat expérimenté, il s'est de plus fait connaître et apprécier par la contribution de sa personne et celle du cabinet Gide à la formation de la jurisprudence commerciale qu'il a aidé à créer dans de nombreuses juridictions, qu'elles soient françaises ou européennes.

Au-delà de l'homme d'action, Xavier de Roux était un homme de réflexions humanistes qui souffrait de voir les rapports entre la justice et la société conduire à leur faire vivre d'inutiles conflits, dans des échanges d'imprécations et des griefs de dénis insupportables dans une démocratie.

Ensemble, il y a 20 ans, nous avons mobilisé les amis qui occupaient des postes de premier plan dans la cité judiciaire, juridique et économique parisienne, et qui partageaient notre attachement à la Saintonge en résidant sur les deux rives de la Charente, la plus belle rivière du Royaume de François Ier.

Le site choisi fut l'Abbaye-aux-Dames de Saintes, présidée par Alain de PRACOMTAL, dirigeant de la maison Hennessy, maire de Chérac sur la rive droite, Jean-René FARTHOUAT, bâtonnier de Paris, voisin de Courcoury sur la rive gauche, Bernard DELAFAYE, avocat général à la cour d'appel de Paris, natif de Royan, et Philippe MARCHAND, avocat saintais, ministre, puis conseiller d'Etat.

Xavier et moi, nous étions ainsi en famille, lui solidement installé à la mairie de Chaniers, tremplin de sa carrière politique, commune voisine de la Chapelle-des-Pots où vécurent dix générations de mes ancêtres, avant que je naisse à Saint-Jean d'Angély grâce à l'aventure d'un premier migrant.

Ensemble, avec nos amis, nous avons en 15 ans et autant de colloques attiré 350 personnalités qui nous ont aidés à comprendre l'avenir des rapports entre la justice et la société, sans oublier le mensuel L'Echo des Arènes de Saintes, dans lequel nous avons publié côte à côte en 14 ans, sur la même page, chacun 150 chroniques qu'il a qualifiées d'impertinentes dans le livre qui a regroupé les siennes.

En voulant faire revivre nos réflexions à Amboise, à Paris, je sais qu'il faudra mobiliser d'autres équipes, la nôtre - celle d'origine - étant dorénavant amputée de la moitié de ses membres.

Au-delà de l'hommage rendu à Xavier, là est le devoir qui reste à accomplir, pour Xavier.