Humeur : Quand les généraux chassent l'autruche
La publication du « livre blanc sur la défense » a inspiré a un groupe de généraux (sous la signature de « groupe Surcouf ») une vigoureuse dénonciation de la médiocrité de son contenu. L'évènement inspire un billet d'humeur à Jacques Bichot qui s'inquiète depuis de longues années du lâche refus des gouvernements successifs de s'attaquer pour de bon au déficit de la sécurité sociale.

La publication du « livre blanc sur la défense » a inspiré a un groupe de généraux (sous la signature de « groupe Surcouf ») une vigoureuse dénonciation de la médiocrité de son contenu. L'évènement inspire un billet d'humeur à Jacques Bichot qui s'inquiète depuis de longues années du lâche refus des gouvernements successifs de s'attaquer pour de bon au déficit de la sécurité sociale.

Début 2003, la réforme des retraites se prépare. Alain Madelin entreprend chaque ministre concerne. Je fais le tour des cabinets. Nous confrontons nos résultats : personne n'entrevoit ce que pourrait bien vouloir dire préparer une réforme d'envergure. Pire : personne n'a envie de le savoir. Nous écrivons Quand les autruches prendront leur retraite 1. Puis la loi est votée et promulguée. J'écris alors Sauver les retraites ? La pauvre loi du 21 aout 2003 2, pour expliquer qu'avec ça nous ne sommes pas sortis de l'auberge.

18 juin 2008 : la Commission des comptes de la sécurité sociale fournit les résultats 2007 et les prévisions 2008. Ils montrent que la loi retraites de 2003 a fait passer la branche vieillesse dans le rouge et que la situation va se dégrader. Faute d'études sérieuses, le coût de plusieurs dispositions avait été lourdement sous-estime.

19 juin 2008 : le « livre blanc sur la défense » vient d'être rendu public ; les pouvoirs publics y adhèrent. Des officiers réunis en un "groupe Surcouf" s'expriment, poliment mais fermement, dans Le Figaro : le projet leur parait n'aller guère au-delà d'une "réduction homothétique du format des armées". Ils estiment que "le livre blanc ne fournit pas l'armature conceptuelle d'une analyse priorisant des arbitrages". Ils dénoncent « une réduction sans imagination du format des armées » et estiment qu' « il y a comme une imposture à présenter ces résultats comme un progrès dans l'efficacité de l'instrument militaire ». Le « modèle d'analyse présente par le livre blanc » leur parait « déficient et, davantage, marque par un certain amateurisme ».

Leur diagnostic est en somme identique à celui que je porte sur la réforme des retraites. Et ils pensent que cet amateurisme résulte d'une volonté de pas étudier sérieusement le problème : ils déplorent "l'interdiction faite par les autorités politiques de l'époque a l'état-major des armées de poursuivre une véritable étude capacitaire". Tout comme je m'élève contre le refus obstine des hommes politiques de commander une véritable étude d'ingénierie de la réforme en matière d'échanges intergénérationnels.

L'annonce de mauvais résultats financiers de la sécurité sociale coïncide donc fort à propos avec celle de la déception des membres du groupe Surcouf. Les armées comme les organismes sociaux sont en butte au gouvernement des autruches.

On pourrait désespérer : quand un pays n'a pas de pétrole, peu de travailleurs, et que ses gouvernants ne veulent pas regarder les réalités en face et, pour préparer les reformes, faire mener de vraies études d'impact et de faisabilité, quel avenir lui reste-t-il ?

Mais n'ayons crainte, les pouvoirs publics ont trouvé le moyen de tirer parti de la communauté de destin entre armée et sécurité sociale : pour éponger la dette de cette dernière, ils feront donner la cavalerie3.



Pour en savoir plus sur la Défense, cf. le dernier ouvrage de Presaje « Pour une stratégie globale de sécurité nationale, coll. Presaje, Ed. Dalloz.

1 Le Seuil, 2003.

2 L'Harmattan, décembre 2003

3 Selon Les Echos du 9 juin 2008, la technique consisterait à transférer la dette a la CADES, comme cela a été fait à diverses reprises, mais cette fois en attribuant à cet organisme, comme recette destinée à payer les intérêts et à rembourser le principal, des versements en provenance de la sécu et de fonds qui lui sont lies, ce qui accroitra d'autant leurs déficits futurs.